Ma vie, mon oeuvre

On trouvera ici aussi bien des moments de ma vie que des critiques, des cris de colère ou des fictions de mon cru.

30 décembre 2005

Braderie de fin d'année

Quelle bonne nouvelle, Madame Michelle ?
Tout va très bien, Madame Machin.
Fenwick abandonne les trente cinq heures. Abandonne! Quand on voit les conditions dans lesquelles cela se fait, on peut se poser quelques questions. Les employés ont été convoqués un par un et, à chacun d'eux on a posé la question "Préférez vous travailler deux heures et demie de plus par semaine ou être licencié dans un an ?". Vous imaginez bien la réponse, individuelle de ces pauvres gens mis dans une telle situation. Cet "accord" est sans aucune compensation d'aucune sorte, pas d'augmentation de salaire, au contraire gel pendant deux ans, aucune promesse d'embauche. Il intervient après d'autres exemples du même type et sans aucune raison particulière, l'usine ayant généré des bénéfices toutes ces dernières années.

Et l'année prochaîne ? Il repasseront au quarante heures, iront au quarante cinq avec le même chantage ? Et ensuite ?

Après ce discours généralisé à chaque fois qu'il y a une grêve des transports que les usagers sont otages des (salauds de) grêvistes, ne peut on garder ce vocable quelque peu exagéré pour une situation de véritable menace, menace sur la vie de centaines, de milliers de personnes, menace sur la cohésion d'un pays et sans doute d'une planète ? Mais où a-t-on pu entendre ou lire que les patrons prenaient leurs employés en otage, à part ici ?

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28 décembre 2005

Le choix du roi

Il y a quelques années, j'avais été frappé par un petit livre écrit pour faire travailler les méninges par pétillement, Le livre qui rend fou de Raymond Smullyan. Parmi les quelques petits problèmes posés, un renouvellement du dilemme du prisonnier m'avait attiré les neurones et j'avais partagé ces émotions avec mes fils. Ainsi, la première épreuve commence ainsi:

Le premier jour, le roi organisa trois épreuves. Comme il l'expliqua aux prisonniers, chacune des deux cellules contenait un tigre ou une princesse et, toutes les combinaisons étaient possibles; il pouvait y avoir deux tigres, deux princesses ou un tigre et une princesse.

«Qu'est-ce que je deviens s'il y a un tigre dans chaque cellule ?» demanda le prisonnier.
«Je préfère ne pas y penser», répondit le roi avec un soupir de compassion.
«Et s'il y a une princesse dans chaque cellule, qu'est-ce que vous me ferez ?» ajouta le prisonnier.
«Voilà qui serait surprenant, s'exclama le roi, mais, si cela se produisait, je vous devine assez grand pour trouver ce qu'il faut faire!»
«S'il y a une princesse dans une cellule et un tigre dans l'autre, qu'est-ce qui m'arrivera ?» poursuit le prisonnier.
«Tout dépend de la porte que vous aurez choisie» fit rapidement le roi qui commençait à s'impatienter.
«Mais comment choisir ?» insista le malheureux prisonnier.
Pour toute réponse, le roi l'entraîna vers les deux cellules et lui montra les affiches qu'il avait lui-même collées sur les portes.

Porte 1: Il y a une princesse dans cette cellule et un tigre dans l'autre.
Porte 2: Il y a une princesse dans une cellule et il y a un tigre dans une cellule.

«Dois-je faire confiance à ce qui est écrit ?» questionna encore le prisonnier.
«Une des affiches dit la vérité, promit le roi, et l'autre ment.»

Quelle cellule auriez vous choisie (en supposant que vous préférez les princesses aux tigres) ?

Mais là, vous nagez dans la facilité. Un peu plus loin, quatrième jour, l'épreuve est plus coton:

Le roi employa les grands moyens. Au lieu de trois cellules (je vous ai passé les étapes intermédiaires), il en utilisa neuf et il n'y cacha qu'une seule princesse. Toutes les autres étaient vides ou contenaient un tigre. Une fois encore, le roi expliqua que l'affiche de la princesse disait vrai et que les affiches des tigres mentaient; pour les affiches des cellules vides il préférait ne rien dire. Voici les affiches:

Porte 1: La princesse est dans une cellule dont le numéro est impair.
Porte 2: Cette cellule est vide.
Porte 3: L'affiche 5 est vraie ou l'affiche 7 est fausse.
Porte 4: L'affiche 1 est fausse.
Porte 5: L'affiche 2 ou l'affiche 4 est vraie.
Porte 6: L'affiche 3 est fausse.
Porte 7: La princesse n'est pas dans la cellule 1.
Porte 8: Cette cellule contient un tigre et la cellule 9 est vide.
Porte 9: Cette cellule contient un tigre et l'affiche 6 est fausse.

Le prisonnier réfléchit un long moment et, finalement il s'écrie «Le problème est insoluble, vous n'êtes qu'un tricheur!»
«Je sais», fit le roi en riant d'un air moqueur.
«Ah, c'est drôle!» gémit le prisonnier qui ne trouvait pas ça drôle du tout. «Donnez moi au moins un indice, supplia-t-il, la cellule 8 est elle vide ou non ?»
Le roi, qui avait du remords fut assez généreux pour répondre sincèrement à cette question mais, à son grand désappointement le prisonnier découvrit aussitôt la princesse.

Où était elle ?

Et vous, savez vous ? J'attends vos réponses.

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27 décembre 2005

Ce n'est pas du boulot!

img_1988J'ai été étonné de voir encore quelques arbres qui restent attachés à leurs feuilles qui, tout de même, prennent une couleur ocre. J'ai bien peur que le coup de froid d'aujourd'hui, qui sera suivi d'autres, ne leur soit fatal. J'aime bien ces boulots au tronc si blanc, qui paraissent si fragile et, pourtant regarderons peut être, de leur faîte, notre lointaine descendance.

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25 décembre 2005

Là où il y a de la chaïne, pas de plaisir.

En ces jours de fête, je voulais saluer le manque d'imagination chronique de nos télévisions qui rivalisent entre les diffusions de films moult fois passés et usés, les rediffusions démissions de l'année sous prétexte de 'meilleur de' et les bêtisiers divers et variés sensés nous faire nous dilater la rate.

Faudrait il encore le démontrer, tous ces programmes prouvent que la multiplications des chaînes ne développe pas l'éventail du choix.

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23 décembre 2005

Une soirée de Fulie

img_1979Tels les jeudis de Madame de, nous allons passer la soirée chez Fuligineuse, une façon de clôturer l'année en beauté et de faire connaissance avec sa fille et son petit fils. Toute la Bandafulie est là et ils viennent jusque dans le bar engorgé, nos fils et nos compagnes. L'alcool coule à flot, whisky, bordeaux, champagne et les mots n'en sortent que mieux, les souvenirs fusent, les projets aussi et c'est à contre coeur qu'il faut se résigner à rejoindre nos foyers, le métropolitain ne roulant pas toute la nuit. Et puis, même si ce n'est pas mon cas en ce moment, il y en a qui travaillent.

Une seule bonne résolution pour la prochaine année, recommencer.

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22 décembre 2005

Liberté, égalité, chienternité

Y'en a marre de la solidarité! Pourquoi faudrait-il que je partage mes croquettes, que j'en donne une partie à je ne sais qui, même si je ne les finis pas toutes ? Pouquoi payer tant d'impôts alors que je n'utilise pas les services de la justice ni ceux de l'éducation, que je n'ai pas de voiture pour user les routes ? Pourquoi payer la sécurité sociale, ils remboursent si peu que, de toute façon, il faut une mutuelle complémentaire; et puis je ne suis jamais malade. Et je ne vous parle pas des retraites!

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21 décembre 2005

Vases communiquants

img_1971J'étais confortablement installé dans le fauteuil légèrement incliné, déja branché à la machine vampire quand j'ai ouvert mon livre dont la lecture en avait été si chaleureusement conseilée par Fuligineuse. Ma lecture fut fastidieuse, non que le texte soit ennuyeux, bien au contraire, mais certains passages étant tellement fascinants il m'a fallut plusieurs lectures pour en retirer toute la substantifique moëlle. Je ne peux résister de vous en donner deux extraits cueillis au début du livre.

«De même que tous les autres (avec lesquels je me trouvai en désaccord complet), il me fournissait un bel exemple de l'esprit américain en ce qu'il a de pire. Ils avaient la hantise du progrès, tous. Davantage de machines, de rendement, de capitaux, de confort - c'était tout leur discours. Je leur demandai s'ils avaient entendu parler des millions de chômeurs américains. Ils refusaient d'entendre. Se rendaient-ils compte au moins du vide, de l'inquiétude, de la misère morale du peuple américain, au milieu de tout son luxe et de son confort mécaniques ? Ils restaient imperméables à mes sarcasmes. Ils avaient un désir: réussir - l'argent, la puissance, une place au soleil.»

Un peu plus loin:

«Dieu, que j'étais heureux. Mais heureux avec, pour la première fois de ma vie, la pleine conscience de mon bonheur. Etre heureux, simplement, ce n'est pas mal; savoir qu'on l'est, c'est un petit peu mieux; mais comprendre son bonheur, en savoir le pourquoi et le comment, et le sens, connaître l'enchaînement des événements et des circonstances qui en sont la cause, et continuer à être heureux, heureux de l'être et de le savoir, ma foi, cela dépasse le bonheur, c'est de la félicité et, si l'on avait tant doit peu de sens commun, on devrait se tuer sur le champ et en finir un bon coup.»

Le colosse de Maroussi de Henry Miller traduit par Georges Belmont au Livre de poche.

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19 décembre 2005

Kirikou

Cala faisait longtemps que je n'avais pas vu un film d'animation de cette qualité. Kirikou et les bêtes sauvages est incomparable tant par sa qualité esthétique que par sa fabrication fait main, sans recours à l'image de synthèse. Le film raconte quatre petites histoires, quatre pans de la vie de Kirikou qui n'avaient pu être montré dans l'opus précédent. Comme dans l'opus précédent on retrouve cette description d'une vie de petit village africain, l'amour des personnages les uns pour les autres mais aussi, celui du réalisateur pour eux.

Évidemment, j'ai un faible pour Kirikou lui-même, cet enfant qui pose des questions et n'accepte pas n'importe quelle réponse, qui est têtu et ne se contente pas de la vérité qu'on veut lui imposer. De plus, il faut noter le plaisir des yeux avec des décors merveilleux, des foisonnements végétaux et animaux. On ne voit pas passer les soixante quinze minutes de ce film et je dois ajouter que les nombreux enfants présents dans la salle, très agités avant la projection, ce sont fait complètement oublier dès les premières images.

Je ne peux poser ma plume (je sais, c'est un clavier) sans dire un mot particulier pour la salle dans laquelle je suis allé; il s'agit de L'écran, la salle principale de Saint Denis soutenue par la municipalité. Pour ce film s'applique le tarif famille, c'est à dire trois euros par personne. En cette période de fête, je lui tire mon chapeau.

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18 décembre 2005

Plaisir sarde

img_1947Debout, la main gauche dans le dos, la droite négligeament posée sur le dossier d'une chaise ils se relaient au chant pendant qu'un virtuose de la guitare, après de courtes introductions, rythme les paroles improvisées.

Nous sommes dans un des studios de Radio France pour un concert particulier puisqu'il s'agit de chant sarde.

Loin de la star'ac ou des nombreux jeux autour de la voix, nous sommes devant une compétition alliant la virtuosité vocale à l'improvisation poétique. A tour de rôle les chanteurs se lêvent et poursuivent la chanson du précédent, prolongeant à l'envie les syllabes finales, le temps de trouver la rime suivante. Ainsi, les poumons des chanteurs semblent surdimensionnés, l'un d'eux tenant sa phrase durant plus de trente secondes (essayez de chanter sans respirer en vous chronométrant, trente secondes c'est très long).

J'avais gardé en mémoire un enregistrement sur disque vinyle d'une 'gara poetica', la compétition poétique avec un choeur d'hommes en accompagnement; cette version avec guitare avait également un charme fou même si certain, que je ne nommerai pas, auraient préféré être ailleurs.

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Amore à mort

Depuis quelques jours, j'ai une étrange sensation, un apaisement associé à un vide; j'ai l'impression d'avoir cicatrisé d'une ancienne blessure par l'ablation de l'organe de l'amour. Je ne ressens plus rien, plus ces angoisses de fin de semaine en voyant mon appartement vide, plus ce questionnement sur l'oportunité ou non d'aimer encore, je ne ressens plus rien pas même mon coeur battre. Cela veut il dire que j'ai trouvé la sérénité ou cela signifie-t-il que je suis mort ?

Pourtant, le manque d'amour est flagrant, j'en vois les effets quand je croise des couples, bras dessus, bras dessous et que je sens le picotement de la jalousie mais cela passe très vite, comme un remugle remontant des tréfonds de ma mémoire. Serai je capable d'aimer encore, aurai je le courage de briser le sarcophage de béton cerclant mon organe de la sensibilité ? Je ne me vois pas d'avenir affectif et, pourtant, je ne ressens plus vraiment cette peur viscérale qui m'a accompagnée durant une décénie.

C'est sûr, j'ai un cancer de l'amour!

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