04 janvier 2006
Charles le furieux
Parlons musique, d'un de mes compositeurs fétiches, Carlo Gesualdo, prince de Venosa. D'abord la vie du personnage est assez étonnante. Prince issu d'une des familles les plus nobles du royaume des deux Siciles, il naquit au milieu du XVIème siècle. Doué pour la musique, un de ses oncles va créer une académie musicale rien que pour développer ses talents. Y sera admis, entre autres, Torquato Tasso, l'un des plus grands poètes de son temps. Carlo va d'ailleurs mettre en musique beaucoup des ses poèmes car c'est avant tout un madrigaliste: six livres à cinq voix, un à six voix.
Il va se marier une première fois à vingt six ans avec sa cousine, Donna Maria D'Avalos, mais va très vite la délaisser et elle ira alors se consoler dans les bras du duc d'Andria. Carlo Gesualdo ne tergiversera pas et fera assassiner les deux amants, en sa présence. Doutant de la légitimité de son fils il le fera étouffer. Il partira alors se mettre à l'abri de la vengeance de la belle famille et de celle d'Andria.
Ce qui ne l'empêchera pas de se remarier trois ans plus tard avec Eleonora d'Este, fille du duc de Ferrare. Le mariage est houleux aussi mais, cette fois, c'est Eleonora qui aura raison de son mari qui deviendra un pilier de l'église et ne va plus composer que de la musique religieuse. Certaines histoires racontent même qu'il finit sa vie dans un monastère.
Mais le plus étonnant réside dans sa musique qui est, finalement, bien à son image, fougueuse, violente, hors norme, hors les règles établies. Il invente sans cesse, cherche son propre langage, ose et compose une musique hors de son temps, pleine de dissonances, de désarticulation des phrases musicales et, pourtant complètement compréhensible, surtout pour un auditeur du XXIème siècle.
Je recommanderai donc à vos oreilles une écoute des derniers livres de madrigaux, les cinquièmes et sixièmes ainsi que les magnifiques Tenebrae, aussi appelées Répons des jeudi, vendredi et samedi saints. Préférez une interprétation entièrement masculine de cette oeuvre, qui est son écriture originale, pour retrouver l'ambiance de sa gestation.
Commentaires
Ouais, enfin, c'est pas Carlo Gesualdo qui va régler nos problèmes de sécurité sociale... ;-)
Ouh la la ! Tu me donnes vraiment envie de découvrir ce compositeur. Je retiens le nom et pars à la recherche de ces Tenebrae. Ce signore Gesualdo doit avoir eu le besoin de créer une musique torturée à souhait, à l'image de ses tourments intérieurs. La voix humaine apporte habituellement encore plus d'intensité à ce genre de musique. J'ai hâte d'écouter !
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