27 février 2006
C'est le bouquet! - Adagio molto
Rachida est très timide et, pourtant, elle ne se soigne pas. Quand un regard se pose sur elle, elle détourne les yeux, baisse la tête et tente, désespérément, de penser à autre chose, se faire oublier par exemple. Alors, quand son regard à elle a accroché le beau gosse du bureau d'en face, le trouble que cela a produit en elle a provoqué une tempête déchaînée, un choc frontal, un tsunami à la fois de plaisir, de désir et de peur intense; l'histoire risquait bien de s'arrêter là car jamais elle ne trouverai la force et le courage d'affronter ses yeux.
Chaque jour, elle le regarde à la dérobée, quand son attention ne risque pas d'être attirée, quand il boit son premier café, quand il tape frénétiquement sur son clavier ou quand il discute, toujours longuement, au téléphone ou avec une collègue. Elle fait alors oeuvre de découverte, explore centimètre par centimètre son visage, observe les petites rides au coin des yeux, le planté des cheveux sur son front haut, la courbe de son nez, de son menton, l'arrondi si délicat de son oreille.
Elle a bien tenté par le passé de provoquer les rencontres, usant de tous les artifices les plus éculés, se précipitant vers l'ascenseur s'il faisait mine d'y aller, prenant sa pose au même moment alors que son dégoût du café l'aurait plutôt fixée à sa bouteille d'eau toujours présente sur son bureau, ayant la brillante idée d'avoir quelque chose à demander à sa supérieure hyérarchique au moment où il s'apprétait à avoir une réunion avec elle. Rien n'y fait, elle n'arrive pas à engager la parole, se rend ridicule en faisant tomber une pile de dossiers ou en s'aspergeant d'eau, devenant pour quelques secondes visible à tous les yeux.
Alors ce vendredi, galvanisée par le petit verre de champagne offert gracieusement par un collègue fêtant la naissance de son enième rejeton, elle prend son courage à deux mains, va vers son bureau, tremblante, la peur au ventre et au moment d'ouvrir la bouche s'entendant dire dans le dos "Rachida, avant de partir vous m'apporterez le dossier xxx!".
Elle voit partir son rêve vivant, c'est trop bête. Vite, elle sort le dossier convoité, le porte à la chef, se précipite vers son manteau qu'elle ne prend même pas le temps de boutonner complètement et tente de rattraper le garçon. Trop tard pour l'ascenseur, ce sera l'escalier. Elle le voit qui passe la sortie de l'immeuble et s'engouffre quelques mètres plus loin dans la bouche du métro.
Et le prétexte, elle y pense au prétexte de cette rencontre, de cette prise de parole, de ce contact nécessaire ?
Elle achète rapidement un bouquet de fleurs à un petit vendeur à la sauvette, des roses, tant pis, elle n'a pas le temps de réflechir à autre chose; elle se précipite dans l'ouverture béante, dévale les escalier et à juste le temps de voir la rame pénétrer dans la station en même temps qu'elle. La sueur commençant à perler sur son visage, elle se précipite vers Etienne qui se tient au bord du quai, lui tend le bouquet avec un grand sourire vainqueur en disant "cadeau!".
26 février 2006
Respect!
La suite des aventures du bouquet attendra un peu. Il faut que je vous parle du film que je suis allé voir hier, qui passe dans très peu de salles, ces dernières étant souvent très petites.
"Sauf le respect que je vous dois" est l'histoire d'un homme ordinaire, François, cadre dans une petite entreprise de province travaillant dans l'impression; impression de quoi, le détail ne sera pas donné. Il travail beaucoup, trop, mais on lui en demande toujours plus, le caressant dans le sens du poil en lui donnant un joli bureau tout neuf, des responsabilités toutes neuves. Et puis, il a un ami dans l'entreprise; lui est plus jeune, privilégie sa vie avec son épouse, sa vie qui est en train de se construire et refuse d'en faire toujours plus.
Alors qu'un arrangement semble se trouver entre son patron et lui, il est renvoyé et se suicide. François disjoncte alors complètement.
Raconté comme ça, froidement, et encore je ne vous en dit pas trop, cela semble une histoire assez banale; l'histoire de deux hommes qui craquent, l'un mettant fin à sa vie, l'autre cherchant un sens à la sienne. Ou plutôt, on dirait une fiction banale. Pourtant, à plein de petits détails on voit le réalisme de l'aventure des personnage, leur implantation dans notre quotidien, ces collègues qui râlent quand on leur demande plus, ceux qui courbent la tête, ceux qui y voient le petit plus financier, le beurre dans les épinards mais qui n'ont plus le temps de les manger. On y perçoit cette peur au quotidien, peur de déplaire parce que peur de se faire licencier, peur de perdre son salaire et de ne plus pouvoir faire vivre sa famille, peur d'avoir à affronter cette dernière pour expliquer qu'on ne partira pas en vacances comme prévu, qu'on ne rentrera pas dîner, qu'on sera encore un peu plus absent.
La dernière phrase du film, alors qu'un fondu au noir nous approche du générique est "Il ne faut pas avoir peur". C'est tout le moteur d'une alliénation dont peu ont conscience.
Allez voir le film parce que, en plus, il est porté par une distribution exemplaire. Olivier Gourmet campe un François à la fois fragile et déterminé, sensible et émouvant. Dominique Blanc est toujours parfaite dans le rôle de son épouse, Julie Depardieu joue une journaliste intègre sans en faire trop, se gagnant rôle après rôle un prénom. Et si les autres acteurs sont moins connus, ils méritent justement le détour.
24 février 2006
C'est le bouquet! - Allegro ma non troppo
Rachida est belle et elle le sait.
Sa fine corpulence, ses longs
cheveux, sa peau au teint mat et ses arrondis bien placés lui ont déja
valu des sifflets à faire se retourner les morts; et ce depuis le début
de son adolescence.
Elle a donc appris depuis longtemps à ignorer de
tels hommages tout en vérifiant régulièrement que son charme continuait
à opérer. Et de son charme, elle en use. Elle sait bien que vendre ne
se fait pas qu'en vantant la qualité des produits qu'elle propose mais
qu'agit aussi cette étrange relation de séduction qu'aucun des
participants n'ignore être factice.
Cette journée commence bien pour elle, elle a un rendez-vous prometteur en chiffre de vente, donc en revenu suplémentaire pour la fin de son mois; et elle l'attend avec impatience la fin de son mois; c'est qu'elle a de gros besoins, en garde robe comme en distractions, spectacles et voyages; le paraître, encore le paraître, toujours le paraître.
La matinée se passe bien, une bonne vente à la clef; son client l'invite, en plus, dans un bon restaurant; d'habitude, c'est le contraire, c'est elle qui invite. Et puis, il y a eu ça. Pourquoi gâcher un moment aussi agréable ? Il a fallut qu'il confonde et lui offre un bouquet; des roses de surcroît. Elle a souri mais ça bouillonnait en elle. Pourquoi ce geste stupide ? Pourquoi cette confusion des genres ? Maintenant, elle se sent obligée de sourire béatement, de faire semblant, de jouer un rôle qui ne lui convient pas. Tout est gâché.
Elle repart avec son bouquet à la main. Elle voudrait le jeter mais n'ose pas. Alors, quand sur le quai du métropolitain elle aperçoit Etienne qui attend sa rame, sans hésiter elle court vers lui. Prenant son plus beau sourire, elle lui tend le bouquet de roses rouges et jaunes en disant "cadeau!".
22 février 2006
C'est le bouquet! - Introït
Métro Duroc. Pour une fois, il n'y a pas trop de monde sur le quai. L'indicateur affiche un joyeux vingt clignotant montrant cette fois-ci son inefficacité. Etienne se tient debout, plutôt à l'arrière du quai, le col de son manteau bien remonté cachant partiellement son menton, pour tenter de faire barrage au courant d'air glacé venant de la sortie. Il a ses deux mains dans ses poches et reste l'air songeur à regarder une souris grise passer sous les rails, allant et venant, attirée irrésistiblement par un sac en plastique abandonné par un voyageur mais dont les mouvements par l'air brassé provoque sa crainte.
Il ne pense à rien; il tente d'oublier sa journée de travail sans aucun intéret; il essaie de faire le vide dans la perspective de son samedi réparateur; il laisse fuir les soucis et les embrouilles; il attend.
Quand la rame déboule dans la station, il a juste le temps de reculer d'un pas, sentant le souffle de l'air brutalement déplacé sur son visage et les lumières des voitures papillonner devant ses yeux.
C'est à ce moment que Rachida, après avoir descendu les dernières marches d'un air alerte s'approche de lui. Ses longs cheveux noirs aux reflets roux un brin emmelés, les derniers boutons de son manteaux ouverts donnent à voir une certaine précipitation dans sa démarche, une décision rapide. Sa lêvre supérieure est perlée de fines gouttelettes de sueur; ses yeux noirs brillent; elle tend à Etienne un gros bouquet de roses mêlées jaunes et rouges; elle dit "cadeau!", offrant en prime son sourire radieux.
20 février 2006
L'indignation suffit elle ?
Une fois n'est pas coutume, je vous livre un texte que je viens de recevoir par courrier électronique. C'est un témoignage, une histoire comme il s'en passe de plus en plus dans nos périphéries urbaines, comme il risque de s'en dérouler de plus en plus dans l'avenir si nous ne faisons rien. Vous trouverez la source de l'information ici.
Samedi 21 janvier 2006, je suis sorti de chez moi à Aubervilliers, vers 20 heures, pour aller au cinéma à Épinay-sur-Seine : j’avais rendez-vous avec ma copine à 22 heures. Comme il était déjà 21 heures 30 passées et que j’avais peur d’être en retard, arrivé dans Épinay, j’ai coupé à travers une cité pour arriver plus vite. Deux jeunes marchaient derrière moi dans la même direction, quand une voiture de police s’est soudainement arrêtée à leur hauteur, des policiers sont descendus en leur criant de ne pas bouger, j’ai entendu le bruit d’objets qui étaient jetés au sol, et les deux jeunes ont pris la fuite en me dépassant et en courant. Moi je continuais à marcher simplement, étranger à cette histoire. Les policiers se sont mis à poursuivre les deux jeunes. Ils ne m’ont rien dit, m’ont dépassé, et j’ai continué à marcher dans la même direction, je les ai perdus de vue. Un peu plus loin, je les ai revus : ils avaient rattrappé un des deux jeunes et l’avaient menotté, le jeune était par terre et ils le frappaient à coups de pied, à coups de poing et un lui écrasait la tête par terre sous sa chaussure ; le jeune leur criait d’arrêter, qu’il était asthmatique…
J’ai continué à marcher, en m’éloignant. Mais brusquement un des policiers m’a crié : « Viens là toi, fils de pute ! » et je n’ai rien compris ! Je suis allé vers eux et un des deux m’a brusquement flanqué un grand coup de pied dans le ventre et je me suis retrouvé par terre, menotté les mains derrière le dos. J’ai essayé d’expliquer que je ne connaissais pas ces jeunes, que je ne faisais que passer, que je n’étais pas avec eux. Le policier s’est mis à me frapper partout à grands coups de pied dans le ventre, dans les côtes, dans le dos et m’a immobilisé sous sa chaussure sur la nuque en m’écrasant la figure par terre. J’ai crié que j’étouffais, il a alors recommencé à me frapper à coups de pied, je croyais que ça n’allait pas s’arrêter ! Finalement il s’est arrêté et m’a traîné dans leur voiture : l’autre jeune y était déjà et ils lui ont demandé s’il me connaissait, il leur a dit que non pas du tout, j’ai essayé d’expliquer calmement à nouveau que je n’y étais pour rien, dans quelque histoire que ce soit, que j’allais au cinéma, que ma copine m’attendait à 22 heures devant… Le policier a recommencé à me frapper à coups de poing, je n’ai plus rien dit… En s’asseyant à côté de moi il m’a crié : « Pousse-toi ! Je me mélange pas avec ta race ! », et on est arrivé au commissariat d’Enghien-les-Bains.
Ils m’ont menotté sur un banc, l’autre jeune aussi, à l’autre bout du banc. Un policier est venu vers le jeune en lui montrant son uniforme maculé de terre et en lui disant : « T’as intérêt à avoir de l’argent parce qu’il va falloir que tu me paies le pressing, sinon c’est ta tête qui va payer ! » Le jeune a répondu qu’il n’avait pas d’argent et le policier s’est mis à le gifler et le frapper. Le jeune a dit : « Donnez-moi un mouchoir, je vais essuyer… » C’était vraiment humiliant de l’entendre supplier comme ça… Le policier s’est mis à ricaner et a continué à le tabasser, ça a duré un bon moment et il s’est essuyé les chaussures sur son pull, au niveau de son ventre… Ensuite le policier est venu vers moi, j’avais très très peur qu’il me tape aussi mais il s’est seulement mis à me crier dessus en disant : « Et toi, petit pédé, si on retrouve pas le sac on te fait plonger avec lui, vous allez voir ce que c’est que la BAC du 95 ! » Ils ont alors à nouveau demandé au jeune s’il me connaissait et il leur a répondu à nouveau que non. Et ils l’ont emmené… J’attendais sur mon banc. Au bout d’un petit moment un policier est revenu avec un sac à main. Il m’a enlevé les menottes, m’a emmené dans une pièce à part et m’a demandé de me déshabiller complètement. Je me suis déshabillé… Ils ont fouillé mes vêtements, ont trouvé l’argent que j’avais pour le cinéma, soit 17 euros et 26 centimes ! Ils m’ont alors accusé de recel, ils disaient que l’argent appartenait à la victime ! Je ne savais même pas ce qu’il s’était passé, et j’ai dit que c’était faux, que c’était pour le cinéma et je leur ai dit d’aller vérifier à l’entrée du cinéma, que ma copine devait m’y attendre en se demandant pourquoi j’étais en retard ! Ils n’ont rien voulu entendre, je me suis rhabillé, ils ont gardé l’argent et m’ont annoncé que j’étais en garde à vue pour vol et recel. J’ai dû laisser mes lacets, ma ceinture, ils ont coupé et enlevé le cordon de mon blouson, ils m’ont enlevé tous mes bijoux, ma montre. Il était minuit passé et évidemment ma copine devait ne plus m’attendre et s’imaginer que je lui avais posé un lapin… J’avais mal partout à cause des coups qu’ils m’avaient mis dans la rue et dans la voiture, et je pensais que l’autre jeune devait avoir encore plus mal que moi avec ce qu’ils lui avaient mis en plus au commissariat. Je me disais que s’il lui venait à l’idée de porter plainte je pourrais être témoin !
Un médecin est venu me voir, il ne m’a qu’à peine regardé, il m’a vaguement ausculté à travers mes vêtements en me demandant si j’avais des problèmes de santé. Je ne lui ai rien dit de mes douleurs. J’étais complètement démoralisé. J’ai aussi vu un avocat qui m’a seulement dit que j’allais bientôt sortir. J’ai à peine dormi. L’odeur de cette cellule était horrible. À chaque fois que je m’allongeais pour essayer de dormir, les petits boutons en métal sur les côtés de mon jean me rentraient dans la peau et ça me réveillait… Le matin j’étais complètement abruti… Ils m’ont donné un jus de fruit.
Vers 9 heures 30, on est venu me chercher pour un interrogatoire ; j’ai à nouveau expliqué que je n’étais pour rien dans toute cette histoire, que je ne faisais que passer et que l’argent m’appartenait. On m’a redescendu en cellule. On m’a donné à manger vers midi et vers une heure et demie on est venu me rechercher pour me confronter à un des membres de la patrouille qui m’avait arrêté. Et là je crois que cela a été le pire moment : j’ai vu et entendu comment un homme pouvait mentir de sang-froid, affirmer des choses qu’il savait parfaitement être complètement fausses… Il a prétendu que j’étais bien avec les deux autres, que nous étions en train de nous partager le butin et que c’était moi qui avais tout jeté en les voyant arriver ! J’ai répondu que c’était totalement faux, que j’étais bien en avant de ces jeunes quand ils avaient pris la fuite, que les policiers m’avaient dépassé en leur courant après sans s’occuper du tout de moi au début, que si j’avais été dans le coup j’aurais parfaitement pu m’échapper sans que personne s’en aperçoive alors qu’ils étaient déjà loin devant et qu’ils ont attrappé l’un des deux… Le policier de la BAC n’a rien répondu, ils se contentait de me regarder d’un air méprisant et ironique. Le capitaine qui menait l’audition m’a demandé si j’avais autre chose à ajouter. Les larmes me sont venues aux yeux, je n’arrivais pas à comprendre comment un policier, un homme tout simplement, pouvait mentir à ce point sachant le tort immense qu’il commettait, comment après il pouvait se regarder devant la glace, comment des salauds pareils pouvaient porter l’uniforme qu’ils portent… J’ai simplement dit : « Non, je n’ai rien à ajouter, ça ne sert à rien de parler à une personne qui ment et qui n’est pas honnête. » Je suis redescendu en cellule. Je pleurais. J’avais encore mal partout. Tout cela était complètement injuste.
On est revenu me chercher à 16 heures. On m’a rendu mes affaires, mais pas l’argent… Et j’ai été relâché avec une convocation au tribunal correctionnel de Cergy-Pontoise pour le 28 septembre : je suis accusé d’avoir, à Saint-Gratien, « sciemment recélé » 55 euros, un téléphone portable de marque Nioka et une carte bancaire Visa !
Je suis rentré à pied, d’Enghien à Aubervilliers. Arrivé le soir chez moi, les deux premières choses que j’ai faites ont été de téléphoner à ma copine et ensuite à mon ancien professeur… Seulement après, j’ai pris une douche, mangé et dormi.
Lundi matin, sur les conseils de mon ancien professeur, je suis allé voir mon médecin qui m’a fait un certificat et ensuite j’ai écrit ce récit… Mon professeur en a corrigé l’orthographe et le français et je l’autorise à le publier, sous mon seul prénom, sur son site internet.
Najib.
Un an déja
Voilà aujourd'hui un an que je scribouille par ici, un an aussi que je viens vous lire, un an que je sème mes mots un peu partout sur la toile, brodant quelques phrases ici ou là, essayant aussi bien d'exciter vos papilles que d'alerter vos consciences des problèmes de la cité. Je tenais en ce jour anniversaire à vous remercier de votre fidélité, aussi bien ceux qui laissent des commentaires que les lecteurs ou observateurs discrets qui ne font que passer. Même si, dans le fond, je n'écris que pour moi, je suis heureux de sentir les résonnances que mes écrits provoquent.
J'espère donc être là encore pour quelques temps et que vous reviendrez encore vous asseoir à ma table, déguster un thé en causant entre amis.
18 février 2006
La curiosité, un défaut ?
J'ai
toujours été curieux; curieux d'aller voir ce qui était caché derrière
les portes dérobées, curieux de savoir comment et pourquoi les objets
qui nous entourent fonctionnent.
Ainsi ai-je pleuré toutes les larmes de mon petit corps lorsque j'ai compris qu'une fois coupés les poils de mon âne en peluche ne repousseraient pas plus drus comme certaines conversations d'adultes me l'avaient laissé penser; ainsi ai-je suffoqué et cru ma dernière heure arrivée lorsque cherchant un produit conditionné en bouteille en en reniflant le parfum, profitant de l'occasion pour mettre des odeurs sur les noms, je suis tombé sur une bouteille d'ammoniac. De même, comme beaucoup d'autres enfants je me suis amusé à démonter des réveils matins qui fonctionnaient beaucoup moins bien après leur passage entre mes mains. Et pourtant, c'est comme cela aussi que l'on apprend, que l'on se modèle, que l'on construit son existence.
Et je ne veux surtout pas parler de cette curiosité qui fait prendre des photos de personnes ayant eu leur quart d'heure de gloire, voire plus, sur la plage ou sous la douche, ni de la curiosité qui les fait publier parce qu'il y en a pour les acheter.
Je serai curieux de connaître vos expériences en la matière.
16 février 2006
H comme hémiole
La signification du mot hémiole est beaucoup moins poétique que vos interprétations; il me faut pourtant vous la donner que vous ne pensiez que je l'ai inventé.
Il s'agit d'un terme musical désignant l'écriture d'un rythme binaire dans une mesure ternaire. C'est quelque chose qui a été très utilisé dans la musique baroque, surtout la française. Voici un exemple extrait d'une pièce de mon chouchou, j'ai nomé Marc-Antoine Charpentier. En rouge, le rythme ternaire habituel à ce genre de mesure, en vert l'hémiole.

Cela ne vous dit rien ? Il faudra que vous veniez écouter, je vous donnerai des exemples audibles.
15 février 2006
Un ange passe
Il était là, appuyé à la balustrade, l'air triste et les plumes un peu mouillées. Il ne demandait pas son chemin, il attendait juste son heure.
Il m'a abordé bien poliment se proposant simplement d'accompagner mes pas, où qu'ils nous portent, dans leur désordre et leur chaos, l'incertitude du but à atteindre et d'y arriver ensemble. Je lui ai pris la main et, redonnant forme à ses ailes de l'autre, nous avons avancé dos à la lumière. Son parfum chatouillait mes narines, ses cheveux volaient au vent cachant parfois son profil à mes yeux mais découvrant le délicat coquillage de son oreille.
Alors, j'ai fermé les yeux penchant ma tête pour la poser sur son épaule, laissant s'épanouir toute ma confiance, buvant l'espoir à ses lêvres.
13 février 2006
Aimons nous
Je revenais d'entre les vampires après une matinée, somme toute, assez agréable.
Et puis, il y a eu le rendez-vous; avec une femme que j'ai hésité a reconnaître de dos malgré l'appareil photo déja en action. Et puis, j'ai rencontré son délicieux accent autour d'un café pas vraiment turc et de ses pâtisseries corollaires. Et puis nous sommes partis arpenter les rues et les parcs de Belleville.
Et dire qu'il y en a qui se plaignent que je prends beaucoup de photos! Si vous aviez vu Julie avec son appareil, tirant le portrait d'une peintre d'enseigne, d'un petit vieux traversant avec difficulté la rue, d'un sportif de ville à l'échauffement, etc.
Nos pas nous ont conduits jusqu'au parc des couronnes, pauvre jardin en hibernation, où je n'ai vu que froidure et un pauvre homme faire des mouvements désordonnés qui devaient être pour lui de la gymnastique.
Passés les cafés à chicha, nous dûmes nous séparer pour aller vivre de nouvelles aventures nous promettant de nous revoir, peut être pour parler de sujets qui fâcheront un peu plus. En attendant, aimons nous.






























