30 septembre 2006
Du vent dans les branches
Ça crie, ça hurle tout le long du film, les soldats anglais sur ruent sur les jeunes gens qui viennent de jouer à un jeu assez étrange, l'humiliation vient accompagner le contrôle, le meurtre sauvage et cruel viendra le conclure. Le décor est planté, nous sommes dans l'Irlande de 1920 et cette scène va faire basculer la vie du héros, jeune médecin appelé à un brillant avenir dans un hôpital de Londres.
Je n'ai pu m'empêcher, sans doute à cause du niveau sonore de la salle, de penser aux exactions qui suivront dans l'histoire, en Allemagne et ailleurs en Europe, avec des soldats hurlant et utilisant l'humiliation comme une arme.
Mais le sujet du film n'est pas là et son centre, la question principale qu'elle pose, n'arriva qu'à la fin, quand, les anglais une fois partis les frères se déchirent. Peut on changer un pays, faire une révolution radicale en plusieurs étapes ? Peut on faire la paix avec des adversaires qui ne vous laisseront jamais tranquilles, qui s'allieront toujours avec ceux qui ont pris le pouvoir, toujours du côté du manche, et harcelleront les petites gens grandis de leur nouvelle virginté acquise par une lutte de façade ? Peut on faire l'économie d'une purge ?
Ken Loach ne donne pas la réponse (moi non plus, même si je la pense très fort), mais on ne sort pas indemne de la salle. Le film est remarquablement joué et, malgré la longueur, on ne voit pas le temps passer. Je ne suis pas étonné, même si elle était assez attendue, que la palme d'or lui sois revenue.
27 septembre 2006
Ouvrons les yeux, éteignons la télé
Plus de 7 millions de salariés perçoivent un salaire inférieur à 722 euros par mois
et se trouvent dans l’incapacité de se nourrir, de se loger ou de s’habiller
décemment de même que leur famille. Plus de 12 millions ont moins de 843 euros
de revenu mensuel. Plus de 3 sans domicile fixe sur 10 ont un boulot à temps
complet, partiel ou précaire, gagnent souvent entre 900 et 1 300 euros, et
cherchent pourtant soir après soir où dormir... Entre la moitié et les deux
tiers des femmes qui travaillent ont un contrat au sigle étrange - CES, CIE,
CEC... -, touchent moins de 750 euros par mois, ont un enfant, vivent
seules ou avec un conjoint au chômage et forment 90 % des familles
monoparentales...
Nous voilà dans le monde des travailleurs pauvres !
Alors que jamais le pays n’a été aussi riche - le PIB est en progression constante depuis les années 1990 -‘ la précarité s’est développée sur un mode exponentiel. En dix ans, l’intérim a augmenté de 130%, le nombre de CDO de 60 %, les CDI de seulement 2 %. Plus d’un million de personnes bénéficient du RMI, plus de 500 000 de l’allocation solidarité. Cela n’arrive qu’aux autres ? Erreur ! Tout le monde peut être concerné du jour au lendemain après un drame personnel, un événement familial, un licenciement... Au cours de cette enquête, dans la lignée du Peuple d’en bas de Jack London ou de tians la dèche à Paris et à Londres de George Orwell,
Jacques Cotta a rencontré des personnes qui le savent bien : André, ancien prof surdiplômé, Éric, assureur autodidacte, Jean-François, boucher charcutier, Yves, coiffeur dans la marine reconverti sur la terre ferme, Étienne, informaticien recyclé dans le gardiennage, Roland, manutentionnaire, Jean, jardinier... Autant de travailleurs dont on n’aurait jamais soupçonné, au premier abord, qu’ils pouvaient être touchés par cette nouvelle pauvreté, Ils avaient une famille, une maison, pignon sur rue, et ils ont tout perdu.
Le sujet dérange. Hommes politiques et médias n’en parlent que rarement Tout au plus comptabilise-t-on, en hiver, les morts de froid, en les présentant comme des « SDF », sans autre précision. Puis l’information est reléguée au second plan.
Le thème sera sans doute au coeur des débats dans la perspective des élections de 2007. L’occasion, donc, de poser quelques questions à ceux qui nous gouvernent ou qui en ont l’ambition...
Journaliste, Jacques Cotta a collaboré à Radio France, à divers supports de presse écrite ainsi qu’à plusieurs émissions de télévision (Droit de réponse, Envoyé spécial...). Réalisateur de nombreux films d’investigation, dont Front national : la nébuleuse, récompensé par un 7 d’Or, il est actuellement en charge de la série de documentaires Dans le secret de... sur France 2.
Ce texte est la quatrième de couverture d'un livre qui vient de sortir et dont voici les références:
Jacques Cotta,
7 millions de travailleurs
pauvres
La
face cachée des temps modernes
Librairie Arthème
Fayard - VIII-2006. 302 pages - 19€ ISBN :
35-2759-5
26 septembre 2006
Le bonheur dans les alpages
Oui, ce grand pays qu'est la Suisse, qui s'est battue pour respecter sa neutralité légendaire vient encore de nous montrer la voie.
Oui, la Suisse va encore être plus ferme face à cette immigration qui vient rompre l'équilibre, troubler la stabilité d'un pays où seul s'entend le bruit de l'argent.
Oui, la barque est pleine et c'est avec courage que les suisses ont voté cette loi pour barrer la route à l'immigration sauvage, le même courage qu'ils ont eu lors du deuxième conflit mondial en refoulant les vagues d'immigrants juifs (mais pas leur or).
Alors, messieurs les députés, monsieur le ministre de l'intérieur, face à ce modèle, montrez que vous êtes des hommes et durcissez votre texte!
Il va falloir que je songe à acheter une muselière à mon chien!
25 septembre 2006
Ils sont déjà là
Je ne suis pas collectionneur. J'ai déjà essayé plusieurs fois, une collection de pièces de monnaies anciennes et étrangères, par exemples, mais n'ai jamais réussi à me passionner pour leur recherche active, j'attendais qu'elles me tombent entre le mains, de par des parents en visite ou des amis en goguette.
Finalement, il en est de même avec les petits extra-terrestres de jeu vidéo en mosaïque qui émaillent la ville de lumière. Pour le regard curieux ils se laissent voir aux coins de certaines rues mais ils savent rester discrets et invisibles à qui ne les connaît pas. Si je ne les chasse pas, je reste à l'affût et ne manque pas de les prendre en photo dès que j'en aperçoit le bout d'un.
Évidemment, je dois affronter les railleries de mes compagnons de promenade qui me voient tourner la tête aux carrefours, tomber en arrêt ou traverser la rue au milieu d'une phrase pour prendre un mur en photo, les petits assemblages ne semblant être visibles que pour moi.
Et pourtant, je ne suis pas le seul. Un peu curieux du phénomène, j'ai exploré la toile pour en savoir plus et j'ai découvert l'origine des envahisseurs: un artiste qui a récidivé dans plusieurs villes de France et du monde. On peut d'ailleurs suivre son travail sur le sujet ici. Ne vous étonnez donc pas si vous voyez apparaître ici ou là dans mes futures notes des petits monstres semblant venir du passé, ce sera seulement qu'ils ont envahi aussi mon espace.
Un album devrait bientôt recenser mes trouvailles.
19 septembre 2006
De l'eau dans le gaz
Ces entreprises [ EDF et GDF ] sont de grands services publics. Elles le resteront, ce qui signifie qu'elles ne seront pas privatisées.
Jacques Chirac, président de la république, 19 mai 2004.
Je le redis avec force : conformément aux engagements du Président de la République et du Gouvernement, EDF et Gaz de France ne seront pas privatisées.
Mieux, le Gouvernement acceptera l’amendement du rapporteur portant de 50 % à 70 % le taux de détention minimum du capital des entreprises.
Alors, vous me direz : « qu’est-ce qui garantit que la loi ne permettra pas de privatiser plus tard ? » La réponse est simple : il n’y aura pas de privatisation parce qu’EDF, c’est le nucléaire et qu’une centrale nucléaire, ce n’est pas un central téléphonique ! Un gouvernement ne prendra jamais le risque de privatiser l’opérateur des centrales nucléaires.
Nicolas Sarkosy, candidat à la présidence de la république, intervention du 16 juin 2004 à l'Assemblée Nationale.
14 septembre 2006
Une sombre introspection
Il faut commencer par s'habituer à la technique choisie par le réalisateur: les images filmées de manière traditionnelles ont été repeintes ce qui donne un côté très étrange, une vision à la hauteur du sujet puisqu'on y parle de substances hallucinogènes. Et puis, finalement, c'est comme voir un dessin animé dont les personnages ont été affublé de minois connus.
Peu importe l'histoire, je ne veux pas déflorer le sujet, le scénario est une adaptation de Philippe K. Dick, l'écrivain sans doute le plus porté au cinéma, ce qui est un gage de folie dans une intrigue bien ficelée. On se laisse porter par la dérive du personnage joué par Keanu Reeves qui peu à peu perd le sens de la réalité, voit son esprit se diviser (ne pas oublier que l'auteur était un schizophrène notoire) pour finir comme un légume dans un champ de maïs.
Les autres acteurs ne sont pas en reste avec quelques répliques qui prètent à rire, des situations complètement burlesques qui ne font qu'accentuer le contraste avec les moments les plus durs. J'ai retrouvé avec plaisir, comme de vieux amis, Woody Harrelson révélé dans 'Tueur né' et Winona Ryder que je n'avait pas vue depuis la résurrection d'Alien. Je vous invite à en faire autant.
13 septembre 2006
Parallèles

Je n'ai encore vu ni l'un ni l'autre mais, au titre et sur le nom du réalisateur, je peux vous dire qu'il y en a un des deux sur ma liste des films à visionner.
Je trouve tout de même assez étonnant qu'à une semaine d'intervalle deux affiches se ressemblent autant: deux personnages en pieds, une femme la tête en haut, un homme la tête en bas, le sol réduit à sa plus simple expression le ciel prenant toute la place, jusqu'à la présence d'un animal aux côté des humains.
Où vont ils chercher tout ça ?
12 septembre 2006
Les poupées russes
J'ai regardé ce film, d'abord distraitement, parce que je n'en attendais rien. je ne suis pas allé le voir au cinéma lors de sa sortie car le premier opus m'avait laissé sur ma faim malgré un humour certain. Et puis, Cédric Klapish a commis d'autres films qui méritaient le détour, comme 'Chacun cherche son chat' ou 'Un air de famille', j'avais le droit de lui donner une autre chance, d'autant plus que cela me demandait peu d'efforts.
Le scénario ressemble beaucoup à celui de 'L'auberge espagnole', on retrouve son personnage principale qui a un peu vieilli et bien peu mûri. Il continue à voleter de femme en femme en se demandant laquelle va le fixer un jour. Et c'est là que le bât blesse; les questions posées dans le film, qu'est-ce que l'amour, comment sait-on si on est amoureux ou non, cela vaut il la peine de passer sa vie avec une très belle femme, non seulement ne sont pas nouvelles, mais aucune réponse n'y est apportée qui ne soit un cliché.
Ainsi apprenons nous que la beauté n'est pas tout, que l'amour s'entretient et que la multiplication des partenaires ne fait pas le bonheur.
Alors, bien sûr, nous voyons des acteurs qui se débrouillent plutôt bien, des répliques qui font rire (pas toujours volontairement) et une image soignée, un montage efficace; ce qui me fait me poser d'autres questions: qu'est-ce qui fait qu'un film est bon ou non ? Comment juger qu'un film est réussi ou non ?
Je suis d'autant plus déçu que je ne sais toujours pas comment on reconnaît qu'on est amoureux ou non. Selon les canons en vigueur, au concours de beauté ma Mélisande ne gagnerait pas le premier prix mais son intelligence, sa culture, sa gentillesse et sa fragilité émouvante me suffisent amplement. Je t'aime Mélisande.
11 septembre 2006
Les eaux et les couleurs
Vous souvenez vous de ces embarcations tant décriées emplies de personnes de tous les âges et de tous les sexes appelés "boat-people" ? Soit, c'était il y a entre vingt et trente ans, les gens fuyaient d'abord par peur puis par pauvreté, cherchant à refaire leur vie aussi bien qu'à la faire, les conditions requises n'étant pas réunies dans leur pays d'origine. Vous souvenez vous de l'accueil fait à ces pauvres personnes arrivant en groupes compacts, harrassés, hâves de jours mèlés de peurs et d'efforts, filmés, photografiés à tout va, interrogés sur leur vie antérieure et leur longue et dangereuse traversée ? Qu'avaient ils de différents des candidats à l'immigration en provenance du Maroc, du Niger ou du Sénégal, que ceux ci soient craints et rejetés ? Pourtant, ils fuient pour les mêmes raisons des régimes qui mettent en péril leur vie ou une sécheresse qui devient insupportable, une misère qui ne fait qu'augmenter, à la recherche d'un espoir et d'une vie qu'ils n'auront jamais chez eux. Ils prennent pour cela les mêmes risques, quittes à perdre leur vie, autant chercher par tous les moyens à la sauver, montent dans les embarcations les plus improbables et, surtout, viennent affronter les remparts que nous avons dressés autour de nos pays, remparts de fer, de feu et de lois répressives.
Alors, quelle est la différence ? Serait-ce que les premiers quittaient un pays dit communiste et qu'ils devenaient par là même des héros alors que les derniers fuient des dictatures le plus souvent mises en place avec la bénédiction de nos dirigeants ? N'oublions pas que le zébu qui n'a plus d'herbe dans son pré va voir dans celui d'à côté, sinon il meurt de faim. N'oublions pas qu'en plus, nous avons commencé par tondre leur pré pour en nourrir nos vaches.
08 septembre 2006
A bon entendeur
Les conditions de travail de certains sont pire que l'on puisse imaginer.
Comme Gilda et Kozlika, je relaie ici un billet que je vous invite à lire, un témoignage comme on aimerait ne plus pouvoir trouver dans l'avenir.






























