31 octobre 2006
Entre elle et moi
Ce personnage, peint il y a environ cinq mille ans, me fascine. Il semble que cela soit une femme, les traits sont fins, elle est enveloppée dans un vêtement qui couvre à la fois le corps et la tête. Des objets sont glissés dans sa ceinture.
Les boeufs tout autour sont dessinés d'un simple trait, sans rature ni reprise.
Son visage, malgré la proximité de la frontière nigérienne, n'est pas négroïde, la peau semble claire.
Qui est elle ? Qui est l'artiste qui a su être aussi délicat dans son tracé ? Rien ne permettra jamais de le savoir ce qui n'empêche pas de se délecter à la vue de ces dessins.
Quand on voit les conditions de conservation de ces dessins sur des parois rocheuses offertes aux vents et au soleil, à la chaleur et au froid, on ne peut que regrèter la disparition certaine de pans entiers durant les millénaires passés d'oeuvres d'une telle beauté.
30 octobre 2006
Restons y
Me voilà revenu et pourtant encore un peu là bas.
Je ne peux pas oublier les instants passés dans ces paysages à la beauté coupant le souffle, beauté pour moi qui n'ai pas à y vivre en permanence, qui peut y échapper quand je veux. Le désert, ce grand vide, fourmille de surprise, de vie, surtout où on s'y attend le moins.
Je ne peux pas oublier les rochers noirs recelant des peintures merveilleuses racontant les troupeaux de bovidés, les cérémonies aujourd'hui mystérieuses, les chasseurs, les girafes. Comment ne pas penser que ces sols étaient couverts d'humus, d'herbes et d'arbres permettant de faire vivre toute une faune variée, que des rivières avec plus d'eau qu'il n'en faut pour se noyer coulaient un peu partout sur ce plateau qui est maintenant plus sec qu'un morceau de pain sec ? Comment se cacher que des familles entières vivaient là bien avant que la menace se montre, observant leur environnement et l'imitant sur la roche ?
Je vous montrerai ces rochers, je vous montrerai ces richesses qui, peu à peu, disparaissent, ce sera ma façon de traverser les siècles, les milénaires, pour faire revivre ces peuplades qui ont dû migrer vers des cieux plus cléments.
20 octobre 2006
Il me faut te dire
J'aurais dû le dire plus tôt, vous prévenir suffisamment à l'avance que vous puissiez vous y préparer avec autant de douceur possible, mais voilà, le courage m'a manqué et le temps qui passe à une vitesse sidérale ne m'a pas aidé à franchir le pas. Alors depuis, j'hésite, je tergiverse, j'use de tours et de détours pour retarder l'instant fatidique, celui où vous allez soupirer de déception, peut être me rayer de vos listes, m'effacer de vos mémoires ou, pire encore, me vouer aux gémonies; mais ce qui doit être sera et je me sens dans l'obligation, tout de même, après force circonvolutions dignes d'un cerveau humanoïde de vous apprendre mon départ pour une semaine dans une contrée où le mot électricité n'a pas encore été inventé. Je serai donc dans l'impossibilité de vous lire ou de vous écrire. Par contre, j'ai bien l'intention d'en revenir avec quelques clichés à vous faire partager.
Alors, en attendant mon retour programmé pour le vingt et neuf octobre à l'aube, je me contenterai d'écraser une petite larme virtuelle au coin de mon écran et de vous souhaiter une bonne absence.
Continuerez vous d'exister pendant que je ne pourrai pas le vérifier ?
18 octobre 2006
Vous en serez mordus
J'aurais dû vous en parler depuis longtemps puisque voilà deux semaines que je suis allé le voir. Et le regrète. Pas d'être allé le voir mais de ne pas vous en avoir parlé plus tôt, étant donné la durée de vie de certains films et le rôle que peut jouer le bouche à oreille pour la prolonger; car ce film vaut vraiment le coup d'être vu. Le scénario s'il est assez simple, une jeune femme enceinte va chercher le père, roumain expulsé, jusque chez lui pour apprendre qu'en fait il la fuit, on assiste alors à l'errement de la jeune femme avec un gitan jusqu'à son accouchement, la forme en est tout à fait étonnante, comme en général dans les films de Gatlif. On y chante, on y danse, on y boit beaucoup mais pas de l'eau, la plus grande gaîté côtoie la plus grande douleur, la misère est omniprésente à l'image d'une Roumanie dévastée depuis de nombreuses années.
J'ai eu l'impression de (re)découvrir Asia Argento, tellement son jeu me semblait différent et plus nuancé que dans ses autres prestations, maniant l'effronterie, la joie et la peine avec une facilité déconcertante. Le film semble fait sur mesure pour elle et elle le vampirise complètement, aidée en cela par le lieu du tournage.
Et puis, il y a cette fin, que je ne vous dévoilerai pas, cette fin qui n'en est pas une et qui amène plutôt son lot d questions que de réponses. Ce n'est pas qu'on reste sur sa faim, mais on en redemande tout de même.
Ce n'est peut être pas un chef d'oeuvre, mais vaut plus qu'un simple visionnage sur un petit écran personnel.
13 octobre 2006
Message subliminal
Merci, Bobby Lapointe.
1 - Lena toi qui est loin d'Angoulême
"éme"
Lena je veux te dédier un poème "ème"
J'suis pas poète mais j'vais essayer quand même
Ah ! Faut-il que je... faut-il que je...
Dès aujourd'hui pour m'attaquer au problème
"ème"
J'me suis levé au petit matin blème "ème"
Se lever tôt, moi qui suis si bohème
Ah ! Faut-il que je... Faut-il que je...
Oui !
Lena Lena Lena Lena je
Lena Lena je Lena je je je je
Lena Lena Lena Lena je
Lena Lena je
Oui !
2 - Pour m'inspirer j'me suis fait un café
crème "ème"
Mais par erreur je l'ai sucré au sel gemme "ème"
C'n'était pas bon, ma foi je l'ai bu quand même
"ème"
Ah ! Faut-il que je... faut-il que je...
C'est malheureux j'nai pas trouvé de thème
"ème"
J't'aurai fait un truc avec des rimes en "ème"
"ème"
Tu aurais compris que c'était un stratgème
"ème"
Pour te dire que je... Te dire que je...
Oui !
Lena Lena Lena Lena je
Lena Lena je... Lena je je je je
Lena Lena Lena Lena je
Lena Lena je
Oui !
11 octobre 2006
Machiavel 2, le retour
"Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement. Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu'on évite un mécontentement général de la population."
Cahier de politique économique n°13 de l'OCDE, 1996 (page 30)
09 octobre 2006
Plus jamais ça
Gros travail et petits tracas techniques m'empêchent de venir vous lire aussi souvent que je voudrais, m'empêchent de vous écrire tout ce que je voudrais. Je voulais vous parler de mon dernier film visionné et qui m'a chamboulé de plaisir, mais j'ai décidé de remettre à plus tard, un petit péché de procrastination. Il se trouve que j'ai eu une petite lecture que j'ai décidé de vous faire partagé, avant qu'il ne soit trop tard.
Mesdames, messieurs, mes ambitieux camarades,
"ceux qui ne veulent pas la rupture avec le capitalisme ne peuvent pas se dire socialistes!" Cette condamnation proférée avec la force de conviction d'un converti de fraîche date, fut prononcée par François Mitterrand alors qu'il venait d'adhérer au parti Socialiste pour en prendre la direction. Les professions de foi des leaders politiques, en effet, n'ont souvent qu'une durée de vie assez brève et, avant lui, Edgar Faure qui savait si bien se servir de sa belle collection de convictions pour en changer souvent, s'en justifiait auprès de ceux qui le traitaient de girouette en expliquant que ce n'était pas la girouette qui changeait mais le vent. Certains retournements de veste sont ainsi donnés comme seul moyen de faire face aux vents de la vie réelle quand ils tournent. Je ne pense pas que la politique du bouchon sur la vague qui se laisse aller vers où le mènent les flots ait été ce que voulait dire Lénine quand il incitait à ne pas manquer l'analyse concrète de la situation concrète mais plutôt pour mieux la connaître afin de se donner les moyens de la changer. La résignation n'a jamais été une attitude de gauche et beaucoup d'entre nous ont appris dès qu'ils ont commencé à sucer le lait amer de la politique, que si l'on voulait faire progresser ses idées, il était plus sûr de voter pour ces idées que pour une personne qui peut changer d'idée comme on change de chemise, quel que soit le charme de certaines quand elles se trouvent entre deux chemises. Dans la situation où nous sommes, qui génère tant de misères et cause tant de souffrances, la la compassion de suffit pas et la fonction politique n'est pas de faire la charité ni d'adoucir ces souffrances qui éclatent à chaque coin de rue en la saupoudrant de quelques poignées d'aspartam. Même s'il est légitime de chercher à soulager le malade, la compassion ne suffit pas. Les sédatifs soulagent des douleurs pour un temps mais ne guérissent pas su cancer. Il est certes bon d'identifier les symptômes mais que ce soit pour mieux asseoir le diagnostique et prescrire la thérapie qui permettra de chasser la maladie.
Quand on change de constitution, l'expérience montre qu'on est tenté d'en élaborer une nouvelle qu'on aimera situer à l'opposé de la précédente. Quand le coup d'Etat gaulliste de 1958 fabrique la V° République, il suit l'usage et change les r_gles du jeu en substituant aux excès et impuissances de la politique des partis, les excès et impuissances de la politique des particuliers. Les électeurs furent alors invités à voter non pour une politique plutôt qu'une autre, mais pour ce brave M. Untel ou contre cette mauvaise Mme Unetelle privilégiant la psychologie plutôt que la politique, et les caractères au détriment des idées, c'est à dire de la politique. Le paradigme de ces nouveaux critères apparaît clairement dans l'élection du Président de la République au suffrage universel. La conséquence de la prime médiatique donnée à l'apparence c'est de rendre les élus plus fragiles à la tentation qui séduisait déjà leur égo de personnaliser leur rôle et de se la jouer plus comme des personnages de théâtre que comme des citoyens au service d'autres citoyens. Or, le vote de 2007 n'a pas pour but, pensez-y, d'assurer le triomphe de la Grande Diva, ni d'élire le meilleur espoir féminin qu'on fêterait au cours d'une cérémonie des Césars qu'animerait Bataille et Fontaine, les deux animateurs les plus laids du Paf, mais il doit choisir la femme ou l'homme responsable pendant cinq ans de la politique de la République.
Pour les femmes et les hommes de gauche, ce dernier quart de siècle est difficile à vivre parce qu'il leur fit perdre l'illusion qu'ils pouvaient avoir de peser d'une manière ou d'une autre sur leur devenir. Ils votaient pour un candidat dont ils approuvaient le programme ou pour celui dont ils appréciaient les professions de foi et s'il était élu c'était comme s'ils avaient flûté dans un tambour, il appliquait une politique, à quelques détails près, identique à celle de ses prédécesseurs, disant que ça n'était pas par trahison mais à cause de l'actuel état du monde ou n'importe quelle autre faribole. Ces vingt-cinq années furent une interminable alternance d'espérance déçue et de colère rentrée dont toute la gauche demeure meurtrie et douloureusement sceptique sur la fiabilité de ses dirigeants qui prétendent être victimes de la fatalité, comme les collabos de 1940 qui prétendaient qu'il n'y avait pas d'autres moyens de sauver la France que de la soumettre à l'Allemagne Nazie qui avait définitivement gagné la guerre. Il serait tout aussi aventureux d'avancer que le capitalisme de la concurrence libre et non faussée que le peuple français à repoussé l'année dernière par son "non" au référendum, a définitivement gagné la lutte de classe et qu'il ne nous restait plus qu'à marchander quelques détails pour tenter de rendre peut être un peu moins inexorable une chaudière emballée fabricant plus de déchets que de chaleur.
Mesdames, Messieurs, mes ambitieux camarades qui voudriez bien diriger le pays l'année prochaine, sachez que nous ne voulons plus de dames patronnesses dispensatrices de bonnes paroles émollientes, ni d'anciens révolutionnaires à la réforme voulant se faire pardonner leurs vieux péchés de jeunesse, de carriéristes qui pensent pouvoir mieux que les capitalistes gérer le capitalisme, de ces politiciens qui veulent qu'on les aime et cherchent à convaincre ceux qu'ils devraient combattre. Il faut que vous compreniez que vous avez trop tiré sur la corde et que vous ne nous mènerez plus en bateau mais aussi que nous naviguons sur une sorte de lac Erié et que déjà nous entendons tout près le mugissement des chutes du Niagara vers lesquelles le courant nous emporte. Nous n'avons plus beaucoup de temps devant nous, plus le temps de tergiverses, plus le temps de remettre à la prochaine. Dans quelques mois, dans quelques heures, si nous refusons le vrai combat, nous serons précipités dans une civilisation qui nous est terriblement étrangère, loin de la civilisation solidaire que nous tentons de construire avec plus ou moins de succès depuis plus de deux cents ans, dans les tourbillons de la civilisation concurrentielle intégrale et intégriste, où notre voisin ne sera plus notre frère mais notre rival, notre ennemi que nous devrons vaincre et détruire ou être détruit par lui.
Bernard G. Landry
Je n'ai pas demandé l'autorisation à l'auteur qui a publié ce texte dans la Revue Commune numéro 42 du mois de décembre 2006, mais je sais, et je le connais bien, qu'il n'aurait rien contre.
04 octobre 2006
Au secours!
Ils étaient en liberté depuis trois mois, trois mois sans contrainte particulière, libres de profiter du bon air, du soleil et de la chaleur et voilà que les premiers frimas s'installent et m'obligent à les enfermer de nouveau dans des chaussures. Mes pieds vont devoir supporter encore une fois les chaussettes qui ont tendances à bouger et les chaussures trop serrées, trop étroites, trop inconfortables alors qu'ils ne sont vraiment pas faits pour ça.
Vivement le printemps et vive les sandales!
02 octobre 2006
Les yeux qui parlent
Il y avait cet homme, très grand, très maigre, très noir de peau, un guerrier Massaï sans sa lance ni son sourire, la chemise sans vraie couleur, les autres vêtements dépareillés signes d'un grand dénuement. Il venait d'entrer dans la rame du métro en baissant sa tête, courbant sa carcasse pour la faire entrer en entier, participant à la grande compression du matin.
Peu après, une petite sonnerie égrenait ses petite notes et notre homme prenait son téléphone paraissant un vrai jouet dans ses mains de géant. Mais la conversation semblait difficile, il s'exprimait dans un français hésitant et son interlocuteur ne paraissait pas faire beaucoup d'efforts. Soudain, n'arrivant pas à se faire comprendre, il tendait son appareil vers l'homme qui dépassait, le plus grand de la rame, celui à la même hauteur, en lui demandant de répondre.
Il y avait cette jeune femme, les cheveux mi longs tendus en arrière et maintenus par un élastique. Elle se tenait là attendant de pouvoir sortir à sa station, subissant comme les autres les affres de l'affluence quotidienne. En voyant le manège de notre géant perdu, sa façon de résoudre son problème, elle avait du mal à se retenir, elle pouffait par intervalle. Quand nos regards se sont croisés, elle a laissé son rire résonner.
La journée commençait bien.






























