03 août 2007
Si tous les vélos du monde se donnaient la roue
Il y a peu votre serviteur a failli, et il n'y a là aucune forfanterie de ma part ni aucune recherche de gloire mal placée même si, comme a mon habitude, je ne peux nier une certaine forme de volonté de consolation peu méritée, ce qu'un psychanalyste saurait sans aucun problème expliquer au vu et entendu de mon histoire familiale, votre serviteur a failli donc, et je tiens à raconter ici les évènements tels qu'ils se sont déroulés, sans exagération aucune ni ajout romancé ni même une pointe de travestissement de la vérité qui m'est chère, donne un peu de piment à mes histoires et en insuffle à la trame une énergie qui n'y est pas toujours présente, votre serviteur a failli, disais je, se faire écraser, de façon fort peu honorable de surcroit, par une voiture de poche, ces petits véhicules à deux places qui sont aux automobiles ce que les péquinois sont aux chiens.
Pourtant, j'étais bien placé, je traversais sur un passage piéton dument marqué par un ensemble de bandes blanches identiques déposées à intervalles réguliers et parallèles sur un bitume bien noir qui en fait ressortir la teinte, comme une urgence de faire attention; j'étais au milieu de la rue, au mitant du gué, lorsque ce nabot des routes me passa au raz des sandales au mépris de la plus élémentaire prudence. N'écoutant que ma colère et ma surprise non feinte, je donnai alors un coup du plat de la main à l'arrière de la carrosserie même si de carrosserie il y avait peu. Le véhicule s'arrête alors, la portière avant gauche s'ouvre laissant voir un homme assez jeune, surtout par rapport à moi, en tenue estivale qui semblait tout à coup découvrir qu'il se trouvait dans une ville.
"Qu'est ce qu'il vous prend ?" me jeta -t-il d'au air ahuri, comme si j'avais plongé un couteau dans le gras de ses pneus pour m'abreuver de l'air au gout de caoutchouc qu'ils contiennent.
"C'est un passage piéton et je suis donc prioritaire !" lui rétorquai je, sans me démonter avec, dans le ton de la voix, l'assurance du justicier défendant la veuve et l'orphelin.
"Mais j'en ai rien à foutre !" fut sa réponse à laquelle je ne m'attendais vraiment pas.
Je vous ferai grâce du reste de la conversation qui fut fort intéressante, j'en conviens, même si l'argument majeur de sa rhétorique fut qu'il ne m'avait pas vu à cause du soleil, ce qui donne un comique non négligeable à la situation, mais l'embouteillage qu'elle suscita m'oblige à une certaine prudence sur nos ondes. Pour résumer, je dirai qu'il me spécifia que taper sur sa voiture, même si celà ne laissait aucune trace, ne servait à rien que, de toute façon, même écrasé, ce geste n'aurait pas ressuscité le bonhomme.
C'est la grande joie de la vie en ville à notre époque qui est, je le rappelle pour nos nouveaux lecteurs, moderne, après les vélos qui, pour éviter les détours que leur imposent les sens interdits mais qui, quand on a des roues et des pédales, ne sont que de quelques secondes, montent sur les trottoirs pas toujours très larges au risque de renverser les petits vieux cacochymes, de retourner des poussettes emplies de nos futurs payeurs de retraites ou, pire encore, de faire chuter les femmes enceintes, elles qui portent les espoirs de la nation, après les cyclistes qui ne respectent pas les feux rouges et engorgent les urgences des hôpitaux, voici les automobilistes qui n'en n'ont rien à faire des piétons alors que, mais y pensent ils seulement un instant, ils le deviennent dès qu'il sortent de leur véhicule.
Moi je vous dis, la vie en ville ce n'est pas facile quand on est entouré d'égoïstes.
01 août 2007
Nouvelle transfusion
Les nouvelles mesurettes annoncées ce matin par le ministre de la santé non seulement ne sont pas anodines, mais sont présentées avec un pathos destiné à faire passer la pilule plus facilement. Il est bien connu que l'association des vacances et d'une dose de culpabilisation permet d'enrober la douloureuse d'une pellicule permettant l'inhibition de tout comportement contradicteur ou revendicatif.
Qu'en est il, de quoi parle je ?
De l'annonce par monsieur le président d'une franchise de cinquante centimes d'euros par boîte de médicament, par acte médical et de deux euros pour les transports sanitaires ainsi que de la précision ce matin par madame la ministre (j'avance de deux pas, je recule d'un donnant ainsi l'impression de céder alors que j'enfonce les lignes ennemies) d'une dispense pour les femmes enceintes, les enfants et les personnes couvertes (et bien mal) par la CMU.
Encore une fois, sous couvert de financer la recherche contre le cancer et la maladie d'Alzheimer (sous entendu vous ne pouvez pas dire que c'est pour une mauvaise cause - sortez vos mouchoirs - vous seriez tellement inhumains de dire que vous êtes contre) on ponctionne un peu plus l'ensemble de la population à la même hauteur (tout le monde paie la même chose quel que soit ses revenus) tout en réduisant, dans le même temps, mais par un autre biais, les cotisations patronales. Le grand principe solidaire de la sécurité sociale, chacun donne selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins, en prend encore un coup, un de plus, surement pas le dernier, la bougresse tenant encore debout, sans doute renforcée, pour le moment, par la volonté du plus grand nombre.
Quand j'entends Ysengrin qui dit s'occuper par lui même de sa protection sociale et de sa future retraite, sous entendu en passant par des compagnies privées qu'il peut se permettre, je suis en droit de douter du prolongement encore longtemps de la moribonde. Mais il ne faudra pas me dire qu'elle est morte de vieillesse, ni même d'une longue maladie, le meurtre est trop évident.






























