Ma vie, mon oeuvre

On trouvera ici aussi bien des moments de ma vie que des critiques, des cris de colère ou des fictions de mon cru.

24 avril 2008

Le son du corps, le soir au fond du bois

Vous souvenez vous de cette séquence dans le film "The Shining", un petit garçon dans une voiture à pédales roule dans une grande pièce; la caméra la suit au raz du sol; il n'y a pas de tapis devant les fenêtres et à chaque passage devant, la voiture produit un son très particulier.
Hier soir, rentrant chez moi assez tard, je vois passer sur le trottoir d'en face une femme qui se déplaçait très régulièrement et produisait le même son, en un peu plus fort. J'ai d'abord été assez étonné et même surpris car la jeune femme ne tirait pas de valise ni tout autre objet à roulettes; et puis, à ma connaissance, le trottoir n'était pas aussi régulier et granuleux pour provoquer cet effet. Alors, j'ai traversé, pour me rendre compte que le bruit, aussi régulier, était en fait un ronflement sortant d'une fenêtre ouverte.
J'ai apprécié de ne faire que passer.

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21 avril 2008

Un complot peut en cacher un autre

41G4TC48RPLImaginez que Franklin Delano Roosevelt n'ait pas été élu pour la troisième fois en 1940; imaginez qu'à sa place ce soit Charles Lindbergh, le grand pilote qui dira qu'Hiltler était sans doute un grand homme qui avait fait beaucoup pour le peuple allemand; imaginez... ou putôt non, n'imaginez pas, allez lire le roman de Philip Roth qui le fait pour vous. Il raconte ainsi ses souvenirs d'enfance imaginaires, la prise du pouvoir de l'aviateur, la montée lente mais sûre du fascisme aux États-Unis, les rapports de plus en plus tendus entre ses parents et d'autres membres de sa famille, la collaboration plus ou moins consciente avec le pouvoir, le désarroi d'une communauté qui ne sait plus à quelle réalité s'accrocher pour survivre.

Je suis resté accroché tout au long des cinq cents pages du livre qui, je dois le dire, est accompagné d'un dossier documentaire très complet pour en savoir plus sur les personnages historiques, tremblant pour ce bonhomme de dix ans et sa famille se trouvant au centre d'une tourmente dont ils ne maitrisent aucun paramètre. Je ne regrette qu'une chose, la fin qui rejoint le cours historique "normal" alors que je l'aurais bien vu beaucoup plus noire.

Si vous voulez vous faire peur alors, lisez le roman ou imaginez, imaginez que Nicolas Sarkozy ait été élu président de la république en France... Ça fait froid dans le dos.

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20 avril 2008

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, comme le disait si bien Simone Signoret. Et pourtant, quand grâce à un appareil généreusement prêté par un ami j'ai pu numériser et revoir un certain nombre de vielle photos oubliée, elle a ressurgi comme au bon vieux temps.
Photo014Je savais bien que j'avais de nombreux clichés pris lors de centres aérés et de colonies de vacances; je savais avoir des images familiales mais, j'ai passé en revue à la suite les unes des autres des quantités de photos de personnes que je ne reconnaissais pas, qui ne me disaient rien, dans des lieux parfaitement oubliés. Et pourtant, ils ont fait partie de ma vie à un moment ou un autre. Revoir mon grand gars haut comme trois pommes en train de rouler sur son camion trotteur m'a attendri, voir des adultes avec de la barbe, une maison avec des chevaux, des enfants en botte jouer avec une chèvre m'a attristé et gêné au plus haut point, comme si je regardais les archives d'un inconnu.

Et puis, au détour d'un rouleau, une histoire qui se reconstruit et le souvenir d'un travail photographique que je croyais complètement perdu. J'y retrouve des vues de Paris qui n'existent plus avec la rage de l'amateur qui remarque qu'il n'a pris aucune note sur les lieux de la prise. Où était la boutique du couseur à façon ? Où se trouvait la corderie ficellerie ? Photo015Aujourd'hui, je n'en sais plus rien. Ne restent que de jolies images en noir et blanc, des souvenir d'un passé révolu, l'assurance d'avoir été le témoin d'une transformation mais qu'elle m'a complètement échappée. Je voudrais pouvoir remonter le temps et m'immerger à nouveau dans cette ville qui n'est plus vraiment la mienne, regarder la ville d'hier avec mes yeux d'aujourd'hui, rafraichir mes souvenirs, les étayer de quelques notes afin de pouvoir transmettre par la suite ma vision de la métropole.

Elle s'est tellement déshumaniser, ma ville, la parcourir aujourd'hui est comme visiter un monument, elle est très belle mais vide de sens.

Je referme l'album. Je ne voudrais pas mouiller les tirages de mes larmes.

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17 avril 2008

N comme...

C'est parfois le hasard des lectures des uns et des autres qui vous fait découvrir un mot de vous inconnu et qui résonne d'une façon particulière. Ce fut le cas, il y a peu, dans un roman chinois que lit Mélisande.
Je vous propose donc aujourd'hui de me donner la définition du mot Nycthémère.

Je rappelle le principe de ce "jeu", soit vous ne connaissez pas la définition de ce mot et vous en inventez une, soit vous la connaissez et vous en inventez une autre. Exemple :

nycthémère, subst. fem., pathol. Personne qui se sent plus forte lorsque la nuit tombe et qui reste prostrée le jour. Triste comme la nycthémère après le lever du soleil, je viens causer avec vous, mon amie, m'épancher, vous dire ces je ne sais quoi qui passent sur une âme abattue (E. DE GUÉRIN, Lettres, 1839, p.319).

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14 avril 2008

Mon oeil voit, ma main obéit

- Qu'y a-t-il dans le réfrigérateur ?
Un ananas, de l'ail, un poivron, de la ciboulette.
- Et dans le congélateur ?
Des filets de poulet
- Si on faisait un poulet à l'ananas ?
IMG_5285Et nous voilà à couper les filets en petits morceaux, à épépiner le poivron et en faire des lamelles, à ouvrir l'ananas pour le vider et en couper le contenu en petites pièces.
Pendant que l'un coupait l'autre faisait deux petites sauces en diluant trois cuillères à café de fécule, de maïs ou de pomme de terre, dans la même quantité d'eau. Un tiers de cette préparation mise de côté, il a ajouté un blanc d'œuf et une pincée de sel avant d'en enrober les morceaux de poulet.
Dans le reste mis de côté, qui a ajouté une cuillère à café de sucre, qui une demie d'huile de sésame, qui une pincée de poivre, qui une gousse d'ail écrasée ? Nul ne saurait le dire aujourd'hui.
Ensuite, tout fut joué en peu de temps, les morceaux de poulet furent saisis à la poële dans un peu d'huile, bientôt remplacés par les poivrons, l'ananas et la sauce avec l'ail que la viande a rejoint quelque minutes plus tard, arrosé d'un petit verre de vin de riz, saupoudré de petits tronçons de ciboulette.
Remis dans le corps de l'ananas, le service fut parfait. Que demander de plus pour un dimanche ?

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08 avril 2008

Communiquez, il en restera toujours quelque chose

Communiquer, ou l'art de ne rien dire (mais il faut payer pour).
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07 avril 2008

Plus dure sera la chute

Comme d'habitude, je profitais de mon trajet métropolitain en sous sol pour parcourir mon quotidien, celui qui ne porte plus fièrement au dessus de son titre la faucille et le marteau, celui qui n'est plus l'organe central du parti communiste français. Je lisais donc un article sur le sort des sans papiers dans notre doux pays, ceux qui préfèrent se jeter à l'eau plutôt qu'être reconduits à la frontière, ceux qui préfèrent la défenestration à l'expulsion vers la torture, ceux à qui on tend des pièges jusque dans les préfectures. Je lisais donc les joyeusetés des informations du jour lorsque mon voisin d'en face m'interpelle en disant : "Vous n'avez pas honte de lire un tel... journal ?". Ma réponse ne s'est pas faite attendre : "Vous n'avez pas honte de ne pas penser comme moi ?".
J'ai pu continuer ma lecture jusqu'à la station où habituellement je change, ce qui ce jour là ne changea pas.

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06 avril 2008

Ce n'est qu'un au revoir

IMG_5226En France, parait il, tout commence et tout finit par des chansons; ici, c'est par de la musique militaire qui est à la musique ce que la justice militaire est à la justice, une fanfare qui traverse la cour d'honneur, une petite vingtaine de personnes, percussions et cuivres, bizarrement dirigés par deux chefs distincts. Et puis beaucoup d'attente, ce qui m'a permis d'apprécier mon voisin le plus proche qui m'a gentiment fait remarqué qu'il avait réservé la place que j'occupais pour sa femme à partir du moment où il n'y en avait plus aucune ailleurs.

Quand la cérémonie commence enfin, elle est réglée comme du papier à musique, à musique militaire s'entend, doigts sur la couture et pas une tête ne doit dépasser. Un joli monsieur habillé de noir avec des jolies médailles sur la poitrine, une épée portée sur le côté pointe en haut, passe devant toutes ces jeunes femmes et ces jeunes hommes pour voir s'il avaient bien ciré leurs chaussures et bien boutonné leur vareuse. Ensuite, c'est autour d'un monsieur en gris avec un képi et plein de médailles aussi de faire le même tour dans le même sens.

Heureusement, les petits gars de polytechnique ont le droit ne pas être tous sérieux; il y a même un comité pour ça. Sitôt finie la revue des troupes on annonce une revue des troupes par le président lui même; une énorme limousine blanche arrive dans la cour accompagnée de deux charriots à commissions contenant chacun une personne habillée en agent de police. A sa fenêtre un homme portant un masque représentant le président en exercice. La femme qui est venue finalement occuper ma place se tord de rire, s'esclaffe , bat des mains. On n'entend qu'elle. A la suite de la limousine viendra une voiture qui va asperger partout de la neige carbonique, ce qui ne va pas si mal avec le ciel qui a perdu son soleil depuis quelques minutes.

IMG_5246Il a fallut ensuite se taper le passage du drapeau et des flambeaux. Heureusement, une fois le défilé final accompli, nous avons eu le droit à un verre de vin chaud et à quelques petits zakouskis qui nous ont permis d'oublier où nous nous trouvions malgré la présence d'uniformes en nombre autour de nous. Le fiston avec ses copains sont venus troubler l'ambiance guindée en venant jouer avec sa fanfare quelques airs dansants, plutôt boudés par les familles bien propres sur elles. Heureusement que j'étais là pour faire la claque.

La soirée s'est terminée par trois heures de spectacle fait par les élèves de la promotion sortante, petits films et petits sketchs passant en revue leur vie durant cette période. On sentait l'émotion monter chez eux; trois ans de vie commune, la journée, le soir, certaines fins de semaines et des vacances entières ça tisse des liens qu'il est difficile de rompre. J'en ai vu qui pleuraient en sortant et je sais que mon fils, même s'il faisait semblant de rien n'en pensait pas moins.

Il m'a fallut regagner ensuite ma banlieue de l'autre bord de Paris où une surprise m'attendais; au pied d'un des immeubles de la cité, un petit hérisson passait par là. J'ai salué son élégance.

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