10 mai 2008
Au cas par cas
Que veut dire l'expression 'traité au cas par cas' dans le cadre des demandes de régularisation des sans papier, quand on sait que toutes les personnes concernées vivent en France, travaillent en France, paient leurs cotisations sociales en France, paient leurs impôts en France ? Quelle différence peut il y a avoir en dehors de leur profession ou de leur couleur de peau ?
Je vous propose un petit éclaire à la lueur d'une information qui m'est parvenue il y a quelques jours concernant les travailleurs sans papier en grève de l'entreprise 'Passion Traiteur'. Sur les vingt concernés, dix sept ont reçu le récépissé d'une autorisation de séjour, valable... trois mois. Un autre a reçu une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 18 mai; quant au dernier, il n'a toujours rien reçu.
Le traitement 'cas par cas' donc, c'est donner l'impression aux sans papiers et à ceux qui les défendent qu'on accède à leur demande tout en donnant la garantie à la droite, voire à la droite extrême (ce qui un peu synonyme en ce moment), qu'on n'en fait rien; un exercice de haut vol en ce cent soixantième anniversaire de l'abolition de l'esclavage.
09 mai 2008
Cent fois sur le métier
"Je ne suis pas un héros", chantait jadis Ballavoine, et bien moi, si. Je réclamais vengeance, elle fut terrible; je ne pouvais tout de même pas laisser les objets gagner et se moquer de moi, je ne pouvais pas perdre la face dans ce combat du quotidien, alors j'ai pris mon courage à deux mains, ai retroussé mes manches (métaphoriquement, car en ce moment, je n'en porte pas) et me suis lancé à nouveau dans la confection de la glace au gingembre.
Cette fois ci, j'ai pris le problème autrement. Plutôt que de faire chauffer le lait avec le gingembre, j'ai fait bouillir un quart de litre de lait pendant que je râpais une dizaine de grammes de gingembre frais; j'ai mis ce dernier dans le lait après ébullition et l'avoir retiré du feu, en le faisant infuser une bonne vingtaine de minutes. Pendant ce temps, j'ai blanchi trois jaunes d'œufs avec cent grammes de sucre puis ajouté vingt centilitres de crème fraiche, puis terminé en ajoutant le lait refroidi et tamisé pour retenir les fibres, avant de mettre le tout dans la sorbetière.
Avant que la préparation ne soit trop ferme, je l'ai ensemencée de petits morceaux de gingembre confits pour avoir un peu de croquant dans cette fraicheur.
Maintenant, je suis là gardant jalousement mon congélateur, ne voulant en aucun cas prendre le risque d'un larcin. Et puis je dois préparer minutieusement la cérémonie de la dépose du trophée, avec un char dans lequel je trônerai ceint d'une couronne de laurier, suivit de la glace et des outils ayant servis à la préparer, comme les vaincus de l'armée de César, non mais !
08 mai 2008
Qu'on se le dise
Nous sommes presque en été et la saison des concerts amateurs est bien commencée. Je ne dérogerai pas à la règle et mon petit ensemble de musique baroque non plus. Ainsi, nous allons nous produire le mercredi 4 juin prochain en l'église Saint François d'Assise sise à Vanves dans la rue Sadi Carnot au numéro 98, et ce à vingt heures. Au programme, s'il y aura mon grand ami Marc-Antoine avec quelques méditations pour le carême, vous pourrez aussi faire la connaissance de grands inconnus de la musique française de l'époque, comme Philbert de Lavigne, Louis Caix d'Herveloix ou François Danican-Philidor. Il y aura même un intrus dans cette dominante française avec des extraits d'une messe de Domenico Scarlatti.
Donc, amis parisiens, lecteurs fidèles ou de passage, je vous attends avec impatience. Et si, par bonheur, vos pas vous menaient là, n'hésitez pas à vous faire connaître à l'issue de notre prestation; je suis facile à distinguer de la troupe, j'ai les cheveux longs et je joue aussi de la flûte.
07 mai 2008
Un malheur n'arrive jamais seul
Il y a des jours "avec", et des jours "sans". Jeudi soir fut une soirée "sans". Pourtant, il m'arrive d'avoir de bonne idées; celle du moment était de confectionner une glace au gingembre en en inventant la recette. J'avais tous les ingrédients requis, lait, crème, œufs, gingembre frais et, même, quelques morceaux de gingembre confit pour les mélanger en petits bouts à la préparation encore moelleuse. Je commence donc par éplucher un bout de racine et, pour me faciliter la vie, le dispose dans un presse ail pour le réduire en purée. Mal m'en a pris; la grille du fond, pourtant en acier, s'est retrouvée brisée en quatre parties presque égales. Qu'à celà ne tienne, je mets ce qui reste de l'élément principal dans la casserole avec le lait que je dispose sur feu doux, allant m'étendre sur le lit quelques minutes. A mon retour, pas de débordement du lait sur le feu, coup classique, mais j'ai retrouvé le lait tranché, des amas blancs flottant dans un jus jaunâtre. Tout était à refaire.
Du coup, j'en ai profité pour tester une recette de glace avec des œufs; sans cuisson, c'est plus sûr. J'ai donc commencé à faire blanchir trois jaunes avec cent grammes de sucre et un sachet de sucre vanillé (penser à en mettre un deuxième la prochaine fois), puis j'ai ajouté huit grammes de cannelle en poudre (n'en mettre que six, plutôt). On ajoute ensuite un quart de litre de lait et un petit pot de crème fraiche (vingt centilitres). Idéalement, il vaut mieux ajouter la crème en premier, c'est plus facile pour obtenir un mélange homogène. Et puis il ne reste plus qu'à mettre dans la sorbetière. C'est là que j'en ai mis une bonne rasade à côté, engluant dans le même mouvement le couvercle de la sorbetière, mon plan de travail et une parti du fourbi qui s'y trouvait à ce moment là.
Je ne vous dis pas l'humeur dans laquelle j'étais ce qui, en général, permet de provoquer de nouvelles catastrophes. Le lendemain matin, je remets ça. D'abord, je remarque que le paquet de café de réserve ne l'étais que dans mon imagination; ensuite, ayant mis du café instantané dans nos bols, j'utilise ma petite machine pour générer l'eau chaude. Mal m'en a pris, un jet de vapeur a repeint le mur couleur café, grâce à la poudre projetée.
J'arrête là, la liste serait trop longue et fastidieuse. Vivement les vacances que je ne fasse plus rien !
02 mai 2008
Je travaille, donc je suis
La porte s'ouvrit sur une pièce immense, infinie. Tout un univers riche en significations et en stimulations sollicita d'un coup son attention. C'était le contraire du lieu circonscrit et clos auquel il s'attendait. Il eut l'intime conviction que cet univers happait les arrivants et les désagrégeait. Son esprit s'embrasa. Il en perdit d'abord sa faculté de concentration au point d'oublier de regarder ce qu'il avait prévu d'observer : le sol, les murs et le plafond, il en oublia même le dieu tapi derrière le somptueux bureau. Il fut frappé par une décharge électrique, évocatrice, créatrice, qui lui planta au cœur une folle allégresse. A l'instant même, une force impérieuse l'appela à se prosterner et à offrir un sacrifice, mais il préféra se rallier à ses compagnons, adoptant une attitude de piété, d'obéissance et de soumission.
Ainsi commence 'Son excellence' de Naguib Mahfouz, le grand écrivain égyptien, prix Nobel de littérature en 1988. Le dieu derrière son bureau est le directeur général de l'administration et le héros de ce livre se donnera dès lors comme objectif d'arriver à ce poste, consécration d'une carrière dévolue au fonctionnement de l'état. Pour y arriver, pauvre fils d'un pauvre conducteur de calèche, il tentera de se faire remarquer par la qualité et la quantité de son travail, n'hésitant pas à sacrifier toute vie personnelle.
Ce qui frappe d'abord, et je pense que le début donne le ton, c'est la comparaison et l'utilisation du langage religieux. Travailler pour l'administration se fait par foi, on prie beaucoup et on s'en remet très souvent aux mains du créateur. Mais l'idéal de tout nouvel arrivant, c'est de devenir dieu.
Le livre est d'un grinçant comme j'aime; on suit notre personnage au long de sa vie, les choix qu'il peut faire pour progresser dans sa condition, ses rapports avec ses collègues et ce but final insensé qu'il se donne, non pas pour vivre mieux mais pour clamer à la face du monde qu'il pouvait le faire.
Et vous, jusqu'où seriez vous prêts à aller ?





























