29 juillet 2008
Vous dancerez bien une petite valse ?
Voilà un film qui change de la production actuelle, un dessin animé à ne pas mettre entre tous les yeux. Le sujet en est sulfureux, raconter la guerre du Liban ainsi que le massacre des camps de Sabra et Chatila vus par les yeux d'israéliens qui en gardent des séquelles. L'un fait des cauchemars récurrents, le narrateur a complètement oublié, expurgé de sa mémoire sa participation à cet événement.
La question n'est d'ailleurs pas "qui a fait toutes ces victimes", on sait que ce sont les milices chrétiennes, mais jusqu'à quel point l'armée israélienne a-t-elle participé aux massacres.
Le film est construit comme une enquête, à la recherche de ce que le narrateur a vraiment vécu et fait. Croisant ses informations avec d'autres protagonistes, il avance dans les méandres cachées de ses souvenirs, parfois avec drôlerie, comme cette impression que l'un a d'être arrivé sur les côtes du Liban à bord d'un yacht.
Comment ne pas être ému par cette introspection faite par de jeunes gens qui ont été broyés par les évènements n'étant qu'une toute petite pièce d'un grand puzzle ? Le dessin simple et efficace exprime sans montrer le doute, l'inquiétude, la crainte du pire, la musique n'est là que pour souligner une époque qui pouvait être supposée tranquille, l'intelligence étant de ne pas répondre à toutes les questions nous en laissant pour après.
Selon les sources, les massacres firent entre 700 et 3500 morts. Quelle fut le comportement des autorités internationales ? Y a-t-il eut une enquête indépendante ? Ariel Sharon, sans doute impliqué au plus haut niveau, a-t-il été menacé ou même inquiété par le Tribunal Pénal International ?
13 juin 2008
Une certaine Afrique
"Comme vous le savez, j'aime l'Afrique"*, aurais je pu écrire car, sans être tout à fait juste, ce n'est pas complètement faux; et c'est sans doute ce qui m'a attiré dans ces deux romans que j'ai lu à la suite, même s'il sont écrits par des blancs et dans des domaines complètement différents.
Le premier est un polar sur fond historique, une grosse farce parfois grave qui raconte un vol très audacieux, le rapt d'un train de café au président Amin Dada. On passe des cours du pouvoir aux planteurs de café, on suit les déboires sentimentaux de gros ours qui font semblant, ou pas, d'être bourrus, on respire au rythme des protagoniste en souhaitant (en sachant) le résultat final. Par contre, n'espérez pas en savoir plus sur la vie en Ouganda ni sur la vie des ougandais; de celà il n'est pas question. Ce n'est qu'un livre pour distraire et en ça il est très efficace.
Même s'il a été écrit il y a plus de vingt cinq ans, Donald Westlake n'en était pas à son coup d'essai, et ce roman fait partie de ceux qui manient l'humour dans des situations qui en général ne le permettent pas. L'action s'étire pour mieux nous faire sentir l'inactivité au temps des pluies et s'accélère tout à coup dans les phases d'action.
Pour résumer, un très bon livre pour les vacances.
Il n'en est pas du tout de même du second. "American Darling" est un roman à la première personne, un voyage quasiment initiatique dans le souvenir et la douleur.
Hannah est une femme qui n'est plus toute jeune et a eu un passé sulfureux. On découvre peu à peu sa jeunesse dans une famille bougeoise, sa révolte et son engagement dans des mouvements qui n'hésitent pas à faire parler les armes et, pour ça, va être contrainte à fuir et se cacher en Afrique pour échouer au Libéria. Et le Libéria c'est loin d'être le paradis, même si on se marie à un ministre suffisamment influençable ou opportuniste pour rester quand les gouvernements passent.
Dix ans après les massacres qui ont marqué l'arrivée au pouvoir de Charles Taylor, Hannah retourne sur place à la recherche de ses fils qu'elle a été contrainte de laisser sur place. Elle y voit les plaies béantes qui sont restées et se rappelle de son passé et de celui de son entourage.
Je dois dire que j'ai été très troublé par ce livre, retardant sa fin tout en voulant en connaitre rapidement l'aboutissement. On y regarde la vie quotidienne au travers des yeux d'une blanche qui tombe de son milieu, découvre une vie qu'elle n'aurait même pas imaginée et se trouve bien malgré elle au centre d'une tragédie dont les USA sont le moteur principal. On ne peut pas en sortir intact, mais on le sait dès qu'on ouvre un livre de Russell Banks; c'est comme ça.
* Allusion à l'auteur de ce blog là.
02 mai 2008
Je travaille, donc je suis
La porte s'ouvrit sur une pièce immense, infinie. Tout un univers riche en significations et en stimulations sollicita d'un coup son attention. C'était le contraire du lieu circonscrit et clos auquel il s'attendait. Il eut l'intime conviction que cet univers happait les arrivants et les désagrégeait. Son esprit s'embrasa. Il en perdit d'abord sa faculté de concentration au point d'oublier de regarder ce qu'il avait prévu d'observer : le sol, les murs et le plafond, il en oublia même le dieu tapi derrière le somptueux bureau. Il fut frappé par une décharge électrique, évocatrice, créatrice, qui lui planta au cœur une folle allégresse. A l'instant même, une force impérieuse l'appela à se prosterner et à offrir un sacrifice, mais il préféra se rallier à ses compagnons, adoptant une attitude de piété, d'obéissance et de soumission.
Ainsi commence 'Son excellence' de Naguib Mahfouz, le grand écrivain égyptien, prix Nobel de littérature en 1988. Le dieu derrière son bureau est le directeur général de l'administration et le héros de ce livre se donnera dès lors comme objectif d'arriver à ce poste, consécration d'une carrière dévolue au fonctionnement de l'état. Pour y arriver, pauvre fils d'un pauvre conducteur de calèche, il tentera de se faire remarquer par la qualité et la quantité de son travail, n'hésitant pas à sacrifier toute vie personnelle.
Ce qui frappe d'abord, et je pense que le début donne le ton, c'est la comparaison et l'utilisation du langage religieux. Travailler pour l'administration se fait par foi, on prie beaucoup et on s'en remet très souvent aux mains du créateur. Mais l'idéal de tout nouvel arrivant, c'est de devenir dieu.
Le livre est d'un grinçant comme j'aime; on suit notre personnage au long de sa vie, les choix qu'il peut faire pour progresser dans sa condition, ses rapports avec ses collègues et ce but final insensé qu'il se donne, non pas pour vivre mieux mais pour clamer à la face du monde qu'il pouvait le faire.
Et vous, jusqu'où seriez vous prêts à aller ?
21 avril 2008
Un complot peut en cacher un autre
Imaginez que Franklin Delano Roosevelt n'ait pas été élu pour la troisième fois en 1940; imaginez qu'à sa place ce soit Charles Lindbergh, le grand pilote qui dira qu'Hiltler était sans doute un grand homme qui avait fait beaucoup pour le peuple allemand; imaginez... ou putôt non, n'imaginez pas, allez lire le roman de Philip Roth qui le fait pour vous. Il raconte ainsi ses souvenirs d'enfance imaginaires, la prise du pouvoir de l'aviateur, la montée lente mais sûre du fascisme aux États-Unis, les rapports de plus en plus tendus entre ses parents et d'autres membres de sa famille, la collaboration plus ou moins consciente avec le pouvoir, le désarroi d'une communauté qui ne sait plus à quelle réalité s'accrocher pour survivre.
Je suis resté accroché tout au long des cinq cents pages du livre qui, je dois le dire, est accompagné d'un dossier documentaire très complet pour en savoir plus sur les personnages historiques, tremblant pour ce bonhomme de dix ans et sa famille se trouvant au centre d'une tourmente dont ils ne maitrisent aucun paramètre. Je ne regrette qu'une chose, la fin qui rejoint le cours historique "normal" alors que je l'aurais bien vu beaucoup plus noire.
Si vous voulez vous faire peur alors, lisez le roman ou imaginez, imaginez que Nicolas Sarkozy ait été élu président de la république en France... Ça fait froid dans le dos.
29 mars 2008
Que la chair peut être triste
Ils pouvaient être originaux, c'est raté. Ils pouvaient créer un lieu unique et c'est raté aussi. En entrant ce lundi après midi dans le musée de l'érotisme, on pouvait espérer voir une collection plus "turelle" que "cul". Raté, toujours raté. Pourtant, on pouvait rêver, l'érotisme est autre chose que des bites et des culs, autre chose que des hommes et ou des femmes nus ensemble et un musée promettait de rehausser le sujet en le documentant un tantinet. Et là, rien, la platitude absolue, ils ont fabriqué un prétexte pour les touristes qui ont honte de pénétrer dans la salle à côté où se produisent des effeuilleuses de se rincer l'œil à bon compte.
Alors bien sûr, il y a l'alibi culturel, des sculptures tantriques, des poteries grecques, des terres cuites précolombiennes qui, à y regarder de plus près, sont souvent des reproductions grossières, avec de jolies cassures peintes à la main. Et même si ce sont des reproductions, on peut penser qu'un peu de recherche aurait pu apporter quelques éclaircissements sur leur fonction, le rôle de la symbolique sexuelles dans ces différentes sociétés au lieu de chercher à faire rigoler les foules avec des dieux priapiques monstrueux, des godemichés de toute taille, toute matière, toute couleur.
De plus, les étages supérieurs (le musée est réparti sur sept étages de petite surface) contiennent une collection très importante de documents écrits, photos, journaux autour de la prostitution et des maisons closes, sujets pas vraiment érotique. La seule exception, à mon humble avis, mais celà vaut il le détour, était une exposition temporaire de dessins d'illustration d'un texte qui ne nous était pas présenté, d'un très beau noir et blanc dans un style faisant penser à celles réalisées dans la première moitié du vingtième siècle.
Il reste un sacré chemin à parcourir, et notre société n'est elle pas en train de le parcourir à reculons, pour faire comprendre qu'érotisme et pornographie n'ont rien à voir. Je conseillerai donc de revoir le film "Tess" de Roman Polanski avec la magnifique Nastassja Kinski en train de prendre délicatement une fraise, tenue par un charmant jeune homme, entre ses lèvres encore plus rouges, c'est beaucoup plus érotique que tout ce que vous pourrez voir dans ce musée.
Photo: sculpture indonésienne prise sur place.
25 mars 2008
Vous reprendrez bien du thé ?
Pourtant de thé, il n'en est pas question ici, mais d'un voyage spirituel, à l'initiative d'un frère parmi trois qui leur en cache le vrai but, effectué dans un train en Inde. Mais pourquoi les deux autres ont ils acceptés cette aventure ? Parce qu'il fuient; ils fuient un amour contrarié ou une future paternité pas assumée; ils veulent échapper à leur histoire qui semble écrite d'avance.
Une fois dans la même galère, ils se comportent comme trois salles gamins, avec leurs caprices, leurs intransigeances et leurs mesquineries qui pourraient parfois donner envie d'en prendre un pour taper sur les autres.
Difficile d'en dire beaucoup plus sans déflorer le sujet; j'ajouterai seulement que l'on rit souvent, sans que ce soit de la grosse farce, la gravité ne manque pas non plus et que j'en suis sorti avec une furieuse envie de retourner en Inde; ce pays me manque. Par contre, nos trois héros ne semblent pas en retirer grand choses, la pirouette finale laissant supposer qu'ils ont décidé de rester des adolescents attardés. Dommage.
Ne boudons pas notre plaisir, le film est servi par une brillante distribution, à commencer par Owen Wilson, plutôt habitué aux pochades pour boutonneux, la tête couvertes de pansements comme pour rappeler que peu avant le tournage il se remettait d'une tentative de suicide, Adrien Brody qu'on a pas oublié depuis 'Le pianiste', Jason Schwarzman qui était le Louis XVI de 'Marie-Antoinette' ainsi qu'une floppée de seconds rôles remarquables tenus par Bill Murray, un petit clin d'oeil au précédent film de Wes Anderson sans doute, Anjelica Huston toujours parfaite et même un Barbet Schroeder en mécanicien automobile sans faute. On passe un bon moment, reste à savoir ce qu'il en restera dans six mois ou un an.
La photo vient d'ici.
21 mars 2008
Le dernier au musée des arts premiers
L'entrée est cachée, il faut se faufiler entre deux parois pour la voir. Et puis, une fois dans le bâtiment, on accède aux salles par une longue rampe inclinée qui tournicote comme un grand serpent ou la langue d'un gros animal. Quelques images qui bougent y sont projetées au sol, le ressac de la mer, une visite de la chine. Enfin, après un court passage au noir, on débouche dans l'antre du musée, une grande pièce tout en longueur avec des petits murets qui délimitent des espaces distincts. C'est très animal et c'est sans doute pourquoi ces murets sont recouverts de cuir.
Première constatation, c'est sombre. J'ai laissé mon manteau au vestiaire et, comme un imbécile que je suis, j'y ai laissé mes lunettes. La lumière qui reste me rend impossible la lecture du moindre panneau.
Deuxième constatation qui viendra un peu plus tard, après acclimatation, il fait froid; je regrette donc doublement mon pelure.
La musée du quai Branly regroupe des collections de différents lieux d'accueil précédents et les repartit sur quatre continents, l'Europe étant visible ailleurs et les habitants de l'Antarctique, passés ou présents, restant à découvrir. Il faut dire qu'ils possèdent une magnifique collection d'art africain, zone la plus importante dans le musée, mais aussi des vêtements, des objets de la vie courante, des instruments de musique, etc. On peut, de temps en temps, au détour d'un petit recoin, entendre des musiques, visionner de petites vidéos remettant en situation ce qu'on a pu voir ou lire. Et puis, il y a les boîtes à musique, deux pièces plus importantes qui projettent de courts films musicaux provenant de tous les points de la planète.
On pourrait y passer la journée, nous y sommes restés plus de trois heures ce n'est déjà pas si mal. Surtout qu'à la lumière et la température défaillantes, il faut ajouter un étiquetage aléatoire, références à numéros invisibles ou manquant, numéros sans références sont choses courantes qui ont le don de m'énerver un tant soit peu. Bien sûr, j'y retournerai, il y a tant de choses à voir que nous n'avons fait que survoler, et il y a de plus des expositions temporaires qui semblent valoir le détour.
Même si c'est un peu le bazar à l'intérieur, au moins les pièces présentées sont bien mises en valeur, même si on ne sait pas toujours ce que c'est c'est. Tout n'est pas perdu.
18 mars 2008
Piments catalans
Je viens de tourner la dernière page avec une grande tristesse, parce que c'est la dernière, que dis-je, l'ultime aventure de Pepe Carvalho. Manuel Vazquez-Montalban est mort peu de temps après avoir terminé cet ouvrage mais, ce n'est pas la seule raisons. Tout laisse à penser, en terminant la fin du texte, qu'il n'y en aurait pas eu d'autres.
Alors, pour finir en beauté leurs aventures policières, prétextant un meurtre qu'on veut lui mettre sur le dos, Pepe accompagné de son fidèle Biscuter part faire un tour du monde en endossant, pour garder leur anonymat, les sobriquets de Bouvard et Pécuchet que personne ne semble plus connaître sur terre. D'ailleurs, durant les deux cents première pages (il y en a tout de même huit cents au compteur) il y aura des poursuivants fantômes, des coups de feu tirés sur leur voiture, de la drogue mystérieusement cachée dans leur coffre, une femme qui disparait, un agent des services secrets israéliens qui leur confie une mission. Et puis, en s'éloignant peu à peu du cercle traditionnel de ses enquêtes, même s'il croise à trois reprises des lieux connus pour certaines d'entre elles, on prend de la distance par rapport au roman policier. Ne reste plus qu'un récit d'un voyage sans but ni préparation, comme j'aimerai pouvoir me permettre un jour et qui traverse quatre des cinq continents.
Je ne vous donnerait pas la liste des personnages attachants entraperçus ici ou là ni celle des villes et des sites traversés, j'aurais trop peur de vous retirer le pain de la bouche, bouche qui a une importance toute particulière dans ce roman, comme dans tous ceux où sévissent ces personnages récurrents, car truffés de recettes et de dégustations en tout genre.
Il ne me reste plus qu'à reprendre les aventures en commençant par la première et tâcher d'écrire un recueil de recette catalanes. Ca me consolera.
06 mars 2008
Un peu de progression dans la débauche, je vous prie
Quand Igor Stravinsky faisait de la musique des années 50 en 1913, c'était révolutionnaire, génial, inouï. Mais quand il continue à faire de la musique des années 50, mâtinée de classicisme, en 1951 avec son opéra "The Rake's progress", il n'y a plus rien de nouveau, c'est du déjà entendu, il n'y a plus de surprise. De plus, quand sa musique est servie aussi mollement que ce chef mou et cet orchestre mou, on finit par s'ennuyer.
Il faut dire qu'il n'a pas de chance dans cette histoire. La mise en scène se veut moderne donc elle est tapageuse, très "bling bling" avec ses changements de costumes et de décors de visu, des vestes et des robes en lamé, des animaux de toute sorte en plastique et, surtout, saisissant n'importe quel prétexte pour glisser sur scène une femme en petite tenue. Du coup, on biffe au fur et à mesure de l'inventaire de Prévert ce qui passe sur scène, un nain, une femme à barbe, des lutteurs, des fous, des médecins, un enfant, un comissaire priseur, etc. Le raton laveur se fera attendre jusqu'à la fin. Et puis, tous les symboles sont appuyés lourdement. Nick Shadow est habillé tout en noir avec une chevelure brillantinée, des rouflaquettes jusqu'aux commissures des lèvres, l'héroïne abandonnée vit une grossesse express et tout est à l'avenant.
Restent de belles voix, pas trop fortes (sans doute pas assez), chantant parfois de très beaux airs; mais celà valait il trois heures assis sur des fauteuils trop petits qui coincent le dos contre les genoux des personnes derrière et les genoux dans le dos de ceux de devant ? Heureusement, nous avons compensé le tout par une visite du foyer, magnifique salle de l'Opéra dont le plafond regorge de dorures et de peintures du XIXème siècle, un passage dans une loge pour admirer le plafond de la salle peint par Chagall et une apparition, tels deux papes libidineux, au balcon donnant sur la place. Finalement, la soirée fut bonne.
23 février 2008
Quand ça se ressemble, on assemble
Le premier film(1), je l'ai vu à la télévision, une retransmission un peu trop tardive pour être bien frais le lendemain. La trame de film de gangster est assez classique et j'ai trouvé le scénario manquant un peu trop d'ambigüité. On y voit deux policiers tout frais sortis de leur école, l'un qui va être l'œil d'un truand notoire dans la police, l'autre l'œil de la police dans l'antre du même truand. Ils sont trop dissemblables et il aurait put être intéressant de les voir agir aussi différemment pour des raisons fort semblables, essayer de décortiquer ce qui fait le choix des humains d'aller dans une direction ou l'opposée. Mais Scorsese n'a pas fait le choix de James Ellroy comme scénariste et je ne suis pas réalisateur.
Le second film(2), tout aussi étatsunien, que je suis allé voir au cinéma, dans une séance pour une fois dépourvue d'images publicitaires, était lui une adaptation d'une comédie musicale elle même adaptation d'un roman lui même transposition d'un fait divers datant d'un autre siècle, pour vous dire comme le sujet était original. Il s'agit d'une vengeance ruminée pendant de longues années visant les auteurs d'une terrible injustice. Comme souvent dans ce genre de film, les méchants sont très méchants et on ne regrette pas de les voir périr dans d'atroces souffrances. Mais là, il y a aussi des héros sombres et torturés qui tuent sans bien savoir pourquoi, attribuant la faute aussi bien aux auteurs de l'injustice qu'à tous les témoins muets et, par extension, tous les habitants de la ville. Alors, le barbier va couper des gorges en chantant, couper des gorges en dansant, couper des gorges sans plaisir mais avec de jolis gestes et le sang coulera projetant sa lumière carmin dans une photo quasiment noire et blanche. C'est un peu long et un peu vain.
Ces deux films, par contre, ont un point commun, la dimension shakespearienne de la vie des personnages qui fait que je conseillerais de suivre les intrigues avec la liste de leurs noms permettant de les rayer au fur et à mesure de leur disparition.
(1) "Les infiltrés" de Martin Scorsese
(2) "Sweeney Todd" de Tim Burton






























