20 avril 2008
La nostalgie n'est plus ce qu'elle était
La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, comme le disait si bien Simone Signoret. Et pourtant, quand grâce à un appareil généreusement prêté par un ami j'ai pu numériser et revoir un certain nombre de vielle photos oubliée, elle a ressurgi comme au bon vieux temps.
Je savais bien que j'avais de nombreux clichés pris lors de centres aérés et de colonies de vacances; je savais avoir des images familiales mais, j'ai passé en revue à la suite les unes des autres des quantités de photos de personnes que je ne reconnaissais pas, qui ne me disaient rien, dans des lieux parfaitement oubliés. Et pourtant, ils ont fait partie de ma vie à un moment ou un autre. Revoir mon grand gars haut comme trois pommes en train de rouler sur son camion trotteur m'a attendri, voir des adultes avec de la barbe, une maison avec des chevaux, des enfants en botte jouer avec une chèvre m'a attristé et gêné au plus haut point, comme si je regardais les archives d'un inconnu.
Et puis, au détour d'un rouleau, une histoire qui se reconstruit et le souvenir d'un travail photographique que je croyais complètement perdu. J'y retrouve des vues de Paris qui n'existent plus avec la rage de l'amateur qui remarque qu'il n'a pris aucune note sur les lieux de la prise. Où était la boutique du couseur à façon ? Où se trouvait la corderie ficellerie ?
Aujourd'hui, je n'en sais plus rien. Ne restent que de jolies images en noir et blanc, des souvenir d'un passé révolu, l'assurance d'avoir été le témoin d'une transformation mais qu'elle m'a complètement échappée. Je voudrais pouvoir remonter le temps et m'immerger à nouveau dans cette ville qui n'est plus vraiment la mienne, regarder la ville d'hier avec mes yeux d'aujourd'hui, rafraichir mes souvenirs, les étayer de quelques notes afin de pouvoir transmettre par la suite ma vision de la métropole.
Elle s'est tellement déshumaniser, ma ville, la parcourir aujourd'hui est comme visiter un monument, elle est très belle mais vide de sens.
Je referme l'album. Je ne voudrais pas mouiller les tirages de mes larmes.
Commentaires
deux réflexions distinctes me viennent à te lire, peut-être parce que ton billet parle de l'intime puis de la cité.
- Quand je regarde des images me concernant, ou mes proches, d'avant l'écriture, j'y vois comme une étrangère. Comme si je n'étais pas encore vraiment moi tant que je n'étais pas passée par ça.
- Pour la ville c'est déjà bien que tu aies pu en capter les images tant qu'elles existaient, peu importe si désormais tu en as oublié le quartier. Mêmes imprécisément localisées elles sont instructives et belles.
Et oui, Paris tend à devenir une ville musée mais ça ne date pas d'hier. J'ai le sentiment qu'on n'y peut pas grand-chose. Glaciation chic des centres-villes. Ce qui m'effraie davantage c'est la crainte de ce que le pouvoir en place actuellement risque de lui faire subir (nous n'avons pas les mêmes valeurs y compris architecturales j'en parierais). Pour l'instant dés le périph franchi et encore dans quelques quartiers on retrouve la vraie vie (même si certes plus tellement de corderies ni de couseurs à façon), tout n'est pas perdu.
pardon je suis passée au deux sans achever le un (!). Je voulais dire : est-ce que ce ne serait pas quelque chose de cet ordre que tu ressens quand tu parles des archives d'un inconnu ?
je pense que tu pourrais savoir où se trouvaient tes sujets de clichés, en faisant appel aux vieux connaisseurs de Paris sur le net. Il doit bien y avoir des sites avec forum sur ce sujet.
Gilda> Je ne ressens pas la même chose vis à vis des photos que je ne reconnais pas. Car vraiment, ma mémoire est complètement vide à leur sujet, rien n'évoque la moindre bribe d'évènement, comme si je regardais les photos de quelqu'un d'autre.
Saperli> C'est une idée, mais ce n'est pas évident. je pense que les photos viennent du centre de Paris; il y avait beaucoup d'ateliers ouverts dans les hôtels particuliers peu après la révolution qui ont été "nettoyés" récemment pour redonner leur classe d'antan, avec toute la symbolique qui peut aller avec.
Je n'ai pas encore atteint l'âge de ressentir une telle étrangeté devant de vieux clichés. Mais je comprends la nostalgie devant une ville aujourd'hui disparue, le Paris pittoresque dont il ne reste que quelques traces...
je trouve que c'est un peu triste de dire "vide de sens" quand même, est-ce que c'est pas plutôt un autre sens ? vide ... dur dur ! récemment dans le métro parisien une station étant en cour de réfection, les employés ont "gratté" (ou brûlé) toutes les épaisseurs d'affiches, c'est vraiment bizarre de découvrir des bribes d'anciennes pub ! (des années 60/70 j'ai l'impression !!!) je me dis qu'ils les collent les unes par dessus les autres ... :o/ ainsi que des infos du métro d'autrefois, avec la 1re classe, la 2e classe, etc. Perso je n'ai aucune nostalgie du passé car mon ressenti est triste de cette époque là, je n'aime pas revoir les lieux ou photos, etc. alors que si on a des souvenirs agréables ou pittoresques, je comprends que ça puissse rendre nostalgique ...
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