21 septembre 2005
Effet de manchette
L'information. Quoi de plus banal, aujourd'hui, qu'un journal d'information. La radio publique en diffuse un à chaque heure, quand ce n'est pas plus le matin, sans parler de la chaîne qui le fait en continue, les télévisions en ont quelques uns par jour et pourtant, quand on a la curiosité de passer de l'un à l'autre, de naviguer d'un média à l'autre, on est étonné quand une nouvelle n'est pas évoquée aussi ailleurs, un peu comme si il n'y avait plus que des boîtes de haricots verts dans les grandes surfaces et qu'on tombe dans un rayon sur une de haricots blancs.
Je sais, j'ai déja évoqué le sujet hier, mais je voudrais mettre l'accent sur deux choses:
1)
n'est on pas en train de perdre un pan entier de notre démocratie avec
une presse de plus en plus pressée de diffuser de l'information à grand
spectacle au détriment d'une analyse, dans une perspective historique,
de faits forcéments subjectifs ?
2) peut on inventer une information
alternative, faite par des journalistes qu'on laisse libre de faire
leur travail comme ils l'entendent, largement diffusable ?
A ma
première question, je ne vois qu'une réponse affirmative, la relation
des débats pendant la campagne référendaire en a été une preuve
manifeste. La deuxième m'amène à me demander le rôle qu'internet
pourrait jouer dans la diffusion d'une autre information. Internet est
un peu mis à toutes les sauces, on y trouve toutes les informations
dont on a besoin, mais quel est notre possibilité, à nous citoyens, de
vérifier cette information, dans un premier temps et d'en diffuser de
nouvelles, dans un autre ?
Se lancer dans une radio ou, à fortiori,
une télévision indépendante demande, si on veut être largement reçu,
des investissements considérables mettant à nouveau la fiabilité du
discours en péril. Une véritable indépendance est, avant tout, une
indépendance financière. Un journal papier est une entreprise encore
plus difficile à mettre en place, d'autres s'y sont essayés, car en
plus des moyens de fabrication, il faut les moyens de diffusion qui
sont entre les mains de quelques groupes ayant la possibilité de
l'empêcher.
Alors internet. Moyens limités, à porté de tout un
chacun, des outils gratuits à foison, ne reste plus que la possibilité
de se faire connaître. Le problème est alors, que chacun peut se rendre
à son kiosque le plus proche, tout le monde ne peut pas se connecter à
la toile. Y a-t-il une solution pour avoir une information indépendante
et fiable (je ne dis pas objective, c'est le principe du journalisme
que de ne pas l'être) ?
Commentaires
Indépendance ne veut pas toujours dire objectivité..Et il n'y a pas qu'une seule vérité..Deux personnes étant témoin d'un même événement le relateront de manière différente..J'ai toujours l'impression quand je regarde les infos, que je les écoute ou que je les lis qu'il manque des choses (qu'on nous cache, qu'on oublie, qu'on censure ??)
Mais puisque tu parles de manchette, tu n'aurais pas changé ta bannière ???????
Je vais certainement dire une bêtise, mais pour comprendre l'information, encore faut-il avoir quelques bases et faire travailler son esprit critique. S'informer n'est pas uniquement avaler du pré-digéré. En politique, par exemple: je suis surprise de tous les politologues en herbe ne connaissant pas nos Institutions, qui commentent allègrement leur propre vision du Monde sans s'investir d'aucune façon... La multiplication des infos et internet, oui, mais sans un minimum d'instruction générale, je ne sais pas si ça sert à quelque-chose...
Tu pose les bases de vraies questions en effet. Les gens ne se rendent pas compte que la démocratie (et avec elle la liberté d'expression) fout le camp avec la presse dite d'opinion (qui n'existe plus vraiment dans ce pays) et se contentent de lire des gratuits immondes. Sur la question de savoir s'il est possible de faire un journalisme indépendant je suis d'accord quand tu parles du Net mais qui malheureusement n'est en effet pas accessible à tout le monde, mais je crois néanmoins à cette voie tout comme à celle d'un journal papier, cela me semble encore possible dans l'augure d'une révolution à venir...
Innamorata> Je suis d'accord. Un journaliste ne peut pas être objectif. Le problème est celui de la pluralité de l'information, la liberté de recevoir différentes opinions.
Pour la bannière, bien vu, c'est celle d'automne.
Mathilde> Il faut dire qu'on ne pousse pas trop non plus à la réflexion. Pour ça, il faudrait avoir beaucoup plus souvent différents sons de cloche, histoire de susciter des questions. Mais tu as raison de parler de la part d'éducation, car parents et enseignants ont u_ne part de responsabilité dans cette désafection.
Olivier> C'est que faire cette révolution, il faudrait pouvoir informer ceux susceptibles de nous donner un coup de main. Sinon, le grand soir on va pas être nombreux à faire la méga teuf...
zolie ta bannière
bien d'accord, hélas.
(je viens d'ailleurs d'éteindre rageusement la radio (que je n'avais pas allumée, je suis tellement écoeurée que je n'écoute même plus ces infos-là, mais quelqu'un d'autre de la maisonnée l'avait fait) où un politicien semeur de haine s'enorgueillissait à son grand âge d'avoir "une peau de bébé" même que c'est sa femme qui le lui répète tout le temps. Voilà l'information qu'on nous sert de nos jours, et c'était sur une radio dite de service public).
L'internet pose évidemment la question du recoupement des sources. Un de mes amis est proviseur et lors des mouvements lycéens du printemps dernier il a beaucoup souffert de certaines des manifestations particulièrement difficiles à apaiser car sous l'émotion de l'annonce d'une mort d'un camarade ici ou là ailleurs en France sous le coup de la répression. Invérifiable. Ils y croyaient dur comme fer. Et impossible d'expliquer le doute solide, car en face on criait au complot et que "l'info" était reprise sur plein d'endroits de l'internet et de fort sérieux.
C'est juste un exemple parmi d'autres.
Dans l'autre sens, combien il est difficile de faire passer une information (y compris pour des professionnels) quand elle n'est pas dans ce qui "fait" l'actualité. Pour prendre un exemple relativement récent, les premiers articles concernant la situation au Darfour, ce sont sur des blogs que je les ai lus.
Peut-être parce que c'est pas la pêche en ce moment, mais je sens une lourde impuissance.
(en plus que je sais combien il est difficile de remuer les mass-médias pour une cause qu'on veut défendre, y compris quand en gros et en surface tout le monde semble d'accord pour en parler ; l'énergie et le travail que ça demande)
Berlioz, tu es invité, sur mon blog, à répondre à un petit questionnaire... si l'envie t'en dit bien entendu.
http://tracedemoi.typepad.com/tracedemoi/2005/09/le_questionnair.html
Bises.
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