Ma vie, mon oeuvre

On trouvera ici aussi bien des moments de ma vie que des critiques, des cris de colère ou des fictions de mon cru.

25 juin 2006

Haut les mains! (6)

20060622_23_41_17_0001Changeons d'époque et de style. Plongeons dans le bain de sang, les ambiances glauques et les héros dont aucun n'est vraiment positif.

James Ellroy est un écrivain bavard qui dans la plupart de ses romans se pose la question de ce qui fait qu'une personne bascule du bon ou du mauvais côté de la loi. Les gangster y sont froids, violents, drogués ou alcooliques (ou les deux) mais méticuleux; les flics aussi. Les passés sont lourds à porter, la famille n'aide pas, au contraire et la ville est un personnage pas plus positif que les autres. Pourtant, on sent qu'il les aime tous, un petit peu, qu'il aurait pu être l'un d'eux et que c'est lécriture qui l'a sauvé de ce choix épouventable entre gendarme et voleur.

Alors qu'il n'était qu'enfant sa mère a été retrouvée assassinée chez elle. Meutre jamais élucidé. Il deviendra petite frappe et ira en taule où il aura la révélation de l'écriture. Et ça se sent; c'est du vécu. D'ailleurs, tous ses romans sont ancrés dans l'Amérique des années cinquantes et soixantes, celles de son enfance, des personnages historiques traversant plus ou moins brièvement la scène.

Il faut lire James Ellroy, faire abstraction de son cabotinage  qui se ressent parfois entre les lignes et se laisser griser par ses ambiances qui, si elles ne font pas rêver, sont à l'image d'un pays qui dérive. Lecture idéale pour les vacances qui arrivent, d'autant plus que, le plus souvent, le nombre de pages empêche le port et la lecture dans les transports en commun.

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24 juin 2006

Haut les mains! (5)

20060622_23_43_30_0002Puisque nous sommes dans la reconstitution historique, restons y encore un instant, le cas Ellis Peters méritant qu'on s'y arrête.

En 1977 cette écrivaine qui a déja pas mal d'actif derrière elle crée un personnage assez curieux, frère Cadfael, moine Gallois du douzième siècle qui s'est engagé sous la robe de bure sur le tard après avoir vécu les croisades et une vie débridée et qui se spécialise dans la culture des plantes médicinales au sein d'une petite communauté. Sa connaissance et sa sagacité lui permettront de résoudre des énigmes à caractère policier car son chemin sera semé d'embûches et de cadavres.

Grande connaisseuse du moyen âge, le pari était de faire des romans ancrés dans son époque fétiche en respectant un maximum de réalisme sensitif (on est en pleine guerre des Roses) en évitant tout dérapage anachronique ou détail peu probable dans la découverte des indices. Et le pari est tenu. Tant qu'on en lit qu'un seul; car si Ellis Peters (Edith Pargeter de son vrai nom) a trouvé un vrai filon, elle a du mal a se renouveler. Ainsi, la trame de chacun de ses romans est la même; on découvre un crime, tout accuse un beau jeune homme qui aura, bien sûr, une aventure amoureuse mais frère Cadfael saura ne pas se contenter des apparences et finira par découvrir le pot aux roses. Les amoureux finiront dans les bras l'un de l'autre, avec la bénediction du moine, partirons dans un autre village sous un soleil couchant juste avant que le mot fin ne s'affiche sur l'écran.

Tout est prévisible, attendu, souvent mièvre et dégoulinant de bonnes intentions. A consommer, donc, en dose homéopathique, ce qui convient tout à fait à la profession du héro.

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23 juin 2006

Haut les mains! (4)

20060620_00_13_03_0003
C'est l'exemple type du romancier qui se sert de son expertise pour inventer un nouveau style d'histoire. Robert Van Gulik est un diplomate, sinologue féru d'histoire. Il invente alors un juge chinois qui mène des enquêtes au septième siècle de notre ère en s'inspirant à la fois d'un personnage ayant existé et du style "à la chinoise" de l'écriture. Il mèle ainsi différentes énigmes et enquêtes, joue avec la psychologie des personnages, les détails historiques sur les modes de vie à l'époque, les paysages, la mode vestimentaire, la nourriture , les transports, etc.

On vit, pendant souvent moins de deux cents pages, à un autre rythme, désirant, comme le juge Ti connaître le fin mot de l'histoire, mais aussi découvrir encore et encore des pans d'une civilisation bien éloignée de la notre, bien plus moderne quant à son évolution et qui fait toujours rêver.

Robert Van Gulik a eu son heure de gloire, il serait dommage de l'oublier pour des romans plus clinquants et beaucoup plus creux. Après avoir lu une de ses aventures, on a l'impression d'avoir appris quelque chose de l'extrème orient, ce qui n'est pas rien.

Pour en savoir plus: http://le.juge.ti.chez-alice.fr/">http://le.juge.ti.chez-alice.fr/

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22 juin 2006

Haut les mains! (3)

20060621_00_43_05_0010Il a accompagné nombre de mes voyages, aussi bien en métro qu'en train.
Il est le digne descendant de Arthur Upfield.

Tony Hillerman a choisi de s'installer dans une réserve Navajo et de décrire la vie qui y et menée par ses habitants au travers de romans policiers. Les héros en sont principalement des agents de la police tribale et d'autres indiens vivant dans la réserve, les blancs y étant très rares, voire inexistants.

Encore plus que chez Upfield, l'énigme est prétexte à description de paysages, de modes de vie, us et coutumes, fêtes et cérémonies des indiens Navajo.

Grande différence aussi par rapport au polar classique, sans doute peut on y voir l'influence des grands espaces déserts, le temps semble se distendre, l'action est lente (mais pas ennuyeuse), les personnages prennent le temps de réflechir avant d'agir. L'histoire se lit d'une traite (prévoir quelques nuits blanches) et quand, enfin, on ferme le livre après en avoir bu toutes les pages, on se sent un peu plus savant.

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21 juin 2006

Haut les mains! (2)

20060619_23_56_08_0002Il a été le premier à en avoir l'idée. Arthur Upfield a plongé l'énigme policière dans le bain de l'éthnologie, prenant comme personnage un homme à moitié blanc, à moitié aborigène, portant le doux nom de Napoléon Bonaparte. Ce policier ne se contente pas de chercher les indices, de suivre les pistes et de mener une enquête comme tout bon inspecteur qui se respecte, il analyse la brousse, lit la nature comme un livre, utilise toute son origine mixte pour mixer les techniques, nous faisant connaître, par la même occasion, la vie dans le bush australien.

Ça, finalement, c'est là où réside le véritable intéret du roman, l'intrigue policière passant au second plan, on apprend comment vivent aussi bien les aborigènes que les paysans et les éleveurs de ce pays gigantesque. Le regard est aussi bien celui d'un sociologue qui regarde vivre et évoluer son pays que celui d'un écrivain cherchant à nous distraire par des aventures qui sont aussi l'apanage des bons polars.

Tout est bon à lire chez Upfield, même si je regarde d'un oeil plus bienveillant "L'os est pointé" qui décrit parfaitement le mécanisme des malédictions et des sorts qui fonctionnent parfaitement.

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20 juin 2006

Haut les mains! (1)

20060619_23_45_27_0001J'aime le roman policier et je n'en ai pas honte. Il y a une telle variété d'écritures dans le genre que chacun peut y trouver son compte. Ainsi, après avoir beaucoup lu du James Adley Chase (La reine de pommes), du Chester Himes (Pas d'orchidée pour miss Blandish), du Dashiel Hammet (Le faucon Maltais), dans lesquels on croise des détectives avec une enquête, un mystère, une résolution d'énigme, je suis allé voir les policiers un peu différents.

Aujourd'hui, je voudrais vous parler de Donald Westlake que j'affectionne tout particulièrement, sans doute à cause de l'humour qui est intimement mèlé à ses aventures; les histoires sont vues du côté des cambrioleurs, des voleurs, des malfrats qui ne réussissent leur coup qu'après moultes vicissitudes. Pour donner un exemple, dans un des romans dans lequel apparaît le personnage récursif John Dortmunder, celui-ci, cambrioleur de son état, se fait prendre en flagrant délit par le propriétaire du lieu. Non seulement celui-ci le livre à la police locale mais, en plus, il lui prend une bague en faisant croire à la maréchaussée que c'est la sienne. La vengeance sera à la hauteur de la honte subie.

Il est aussi l'auteur de nombreux romans portés à l'écran; le dernier est sans doute "Le couperet", histoire grinçante d'un cadre au chômage qui va règler son problème en éliminant la concurrence pour obtenir le poste visé. Il y a toujours chez Westlake une dérision et un regard cru sur la société dans laquelle nous vivons et les travers de nos contemporains.

Tous ses livres ne sont pas extraordinaires, ils sont par contre tous agréables à lire; de plus, si on rit parfois, on sourit très souvent.

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07 juin 2006

Bulle légère

C'est un film assez étrange, dérangeant à plusieurs titres. D'abord, contrairement à la majorité de la production étasunienne le film est très court, moins d'une heure et demie; ensuite, il est joué par de parfaits inconnus; et puis, il y a peu de dialogues.

Pourtant Steven Soderbergh n'est pas le dernier venu dans le monde du cinéma. On lui doit le très remarqué 'sexe, mensonge et vidéo', son premier long métrage découvrant un réalisateur très prométeur. Mais il s'attaque aussi à des sujets plus politiques comme 'Erin Brockovich', 'Les rois du désert', premier film dont le décor est la guerre en Irak ou encore 'Traffic' montrant de manière très documentaire les mécanismes du trafic de drogue entre Mexique et Etats Unis.

Ce qui ne l'empêche pas de faire des films de bande de copains, légers, drôles, sans prétention comme la série des Ocean's (Ocean's thirteen est en pré production).

Bubble ne fait partie d'aucun de ces mondes. Il raconte la vie de trois personnes perdues dans une minuscule ville, au bord de la misère, aussi bien financière qu'affective, les observe de près, jusqu'au drame, et c'est tout. Martha et Kyle travaillent dans une petite usine qui fabrique des poupées, ils sont amis. Vient se joindre à eux Rose et le drame peut se jouer.

Chacun à sa manière, les personnages de Soderbergh cherchent à survivre, à surnager, sans véritable espoir, sans véritable objectif, sans véritable bonheur. Martha, la cinquantaine bien tassée, femme forte, pour ne pas dire obèse, s'occupe seule de son vieux père. Pas question de le mettre dans un institut, c'est beaucoup trop cher. Son rêve, aller passer des vacances sur une plage au soleil. Kyle, une petite trentaine, travaille dans la même usine mais complète son salaire avec un deuxième emploi. Son rêve, s'acheter une voiture. Rose, le même âge, mère célibataire d'une petite fille, survit en volant, le père de son enfant, ses amis. Son rêve, partir de cette minuscule ville.

Alors, où se trouve la bulle du titre ? sans doute qu'elle est le lieu dans lequel ces différents personnages évolument, tournent en rond. En tout cas, elle risque de rapidement éclater car le film n'est plus programmé que dans dix sept salles en France. Profitez en.

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30 mai 2006

Regarder et voir

Je vous ai déja parlé de peinture, d'expositions, de films ou de livres mais point encore d'architecture. Alors pourquoi commencer ? Parce que cela me fait envie; envie de vous parler d'un architecte que j'ai découvert il y a déja quelques années et qui sévit peu chez nous; un architecte Catalan qui fait surtout dans les édifices publics, ponts, gares ou musées. Je veux parler de Santiago Calatrava qui a, entre autre, dessiné la gare du TGV à Lyon, le long de l'aéroport Saint Exupéry.

Il y a toujours chez Calatrava des rondeurs, des courbes flatteuses, des formes qui rappellent l'oeil avec des parois s'ouvrant comme des paupières, des haubans comme des cils, des symétries chatoyantes.

Je vous invite à aller visiter les deux sites qui parlent de lui, l'officiel et le non officiel qui, tous deux, montrent différentes facettes de cet artiste à suivre.

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26 mai 2006

L.A. Loupé Artisitique

20060525_0003Comme vous êtes nombreux à vous en rendre compte, le printemps met quelques temps à bien s'établir chez nous. Dans moins d'un mois ce sera l'été, il faudrait qu'il se dépêche un peu s'il veut qu'on garde un souvenir de lui, voire qu'on le regrète.

Quoi qu'il en soit, c'était un temps à ne pas pique-niquer ni à se faire bronzer sur les berges de la seine, le temps idéal pour aller au cinéma ou s'enfermer dans un musée, ce dernier choix ayant été le notre.

Nous avons donc débarqué à quatre Olivier, Fuligineuse, Mélisande et moi à Beaubourg, haut lieu de l'art contemporain, pour y aller voir l'exposition consacrée à l'érection de Los Angeles en capitale de l'art entre 1955 et 1985. Aucun à priori en entrant, aucun jugement préalable, rien contre l'art contemporain en général. Ce que j'ai pu regrèter ici, c'est que, la plupart du temps, le discours constructif de l'oeuvre est plus intéressant que le résultat final. On peut voir de beaux objets bien lisses au processus de création artisanal mais au rendu de qualité industriel, des effets de lumière intéressants, des oeuvres très dérangeantes (c'est souvent leur but), des photos magnifiques.

Côté organisation, j'ai été assez exaspéré par le choix d'oeuvres cinématographiques d'une durée incompatible avec la visite d'une exposition (50 et 80 minutes); soit il n'est pas important de les voir en entier et alors, pourquoi les montrer, soit l'oeuvre doit être vue in extenso et pourquoi choisir ce cadre pour les montrer. Le reste est assez bien agencé dans un parcours chronologique sinueux dans lequel on peut faire son marché, s'arrêter ici ou là, passer tel tableau ou telle vidéo pour s'attarder ailleurs.

20060525_0011Si vous cherchez à tout voir, tout lire, tout écouter, vous pouvez facilement passer votre journée entière au sixième étage de l'édifice et finir comme ces malheureux visiteurs qui n'ont pas résisté à l'appel du sommeil. La culture ça fatigue, surtout quand c'est soporifique.

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23 mai 2006

Sauvons nos dragons

20060520_21_54_45_0007C'est samedi, dragons.

Non, je ne vous parle pas de courir la gueuse ou de courtiser la gourgandine, l'orthographe ne serait pas la même, je veux vous entretenir de l'exposition qui se déroule actuellement à la grande galerie de l'évolution, sise au jardin des plantes dans Paris.

L'intitulé, "Dragons entre science et fiction" avait de quoi en allêcher plus d'un et nous avons profité, Mélisande, le grand Jo et moi, de l'opération européenne des musées la nuit pour aller lui rendre une petite visite.

L'exposition commence par montrer quelques gentils dragons, en jouet, en cerfs-volants ou héros de contes et histoires divers pour se poursuivre par une très courte évocation historique et géographique (c'est fou ce que ce mythe peut être présent dans des civilisations humaines très différentes sous ou forme ou une autre), suivie de quelques jeux (cherchez les dragons dans l'air, la terre ou le feu), son utilisation en tant que motif décoratif ou en tant qu'insigne du pouvoir puis de symbole festif. Si sa présence au cinéma est à peine esquissée, la litérature n'est représentée que par quelques bandes dessinées ce qui me semble tout de même assez réducteur.

J'ai gardé tout de même pour la fin une petite enclave, un petit havre de paix car moins visité par la foule, une collection d'objets utilisés par leurs inventeurs comme preuve de l'existence des dragons: une tête de caïman momifiée (une tête de dragon), un rostre d'espadon (une langue de dragon), un crâne d'ours (une autre tête de dragon), un météorite (une pierre de dragon perdue par l'un d'eux en vol). Il est amusant et assez émouvant de voir comment un homme peut se fourvoyer dans son interprétation à cause d'une ferveur trop grande, une volonté de convaincre absolue.

A part ça, si vous n'avez pas d'enfant en dessous de douze ans, l'exposition est un peu chère pour ce qu'on y trouve.

Tout ce que vous pouvez vouloir en savoir ce trouve ici.

La photo a été prise devant la Galerie où trône une sculpture de dragon en matériaux de récupération.

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